Le Président Djibouti le, 17 Décembre 2005 DEVOIR DE MEMOIRE SOUTIENT DU 18 DECEMBRE 1991 « Le combat des
Défenseurs des Droits de l’Homme, pour le respect de la dignité humaine, est un
combat universel, un combat de et pour nous tous ». En guise de contribution au
devoir de mémoire pour toutes les victimes du massacre d’Arhiba II le 18
décembre 1991, Ces documents portent
sur : -
le
déroulement du massacre ; -
La
liste des morts ; -
Le
témoignage d’un médecin français. L’impunité assurée en haut
lieu aux crimes d’Etat étant une dangereuse constante de cette dictature
sournoise et liberticide,. et aux fins de soigner les séquelles physiques et
morales de cette barbarie et en prévenir définitivement le renouvellement.
L’impunité des
commanditaires et exécutants de ce massacre et des suivants ainsi que le refus
d’Etat d’indemniser les ayant-droits constituent une offense à M. NOEL ABDI Jean-Paul ANNEXE SUR LE MASSACRE D’ARHIBA DU 18 DECEMBRE 1991 Le Déroulement 6H00 du matin, le quartier d’Arhiba est totalement investi
et encerclé par les forces armées djiboutiennes coalisées dans une action militaire
sans précédent à Djibouti-ville d’environ 400 personnes en armes et équipements
de guerre. Alors que l’essentiel des
troupes d’assaut est placé en position de tir dans les tranchées, dans les
tanks, sur des -jeeps et sur les vedettes, le groupe des policiers Afars sans
armes munis des gourdins, est chargé de convaincre leurs frères de sang avec
lesquels ils engagent le dialogue. Parallèlement, les « crânes
rasés » issus de la mobilisation générale vident tous les civils de leurs cases en cartons et les rassemblent sur
le terrain vague 7H00 : Les premiers lève-tôt d’Arhiba II , sortis de
chez eux sont aussitôt embarqués dans des camions mis à la disposition des forces de l’ordre par les entrepreneurs privés
qui se trouvent alignés au sud du quartier. Après triage, le groupe ciblé
est isolé du reste et une partie est embarquée dans un premier camion. 7h15 : les rafles continuent. Les forces armées tirent de
leur huttes, hommes, femmes et enfants, les regroupent par dizaines en les
faisant asseoir parterre, et une fois le nombre suffisant pour contenir un
camion, le chauffeur approche du secteur et l’on embarque tout le monde. La
cité étant étendue sur 3 à 7h30 : Sur un des « points de’ rassemblement »
d’Arhiba II, certaines personnes ne se contentant pas de l’explication facile
donnée par les hommes en uniforme selon laquelle il ne s’agirait que d’une
simple “vérification d’ identité”, elles voudraient comprendre et demandent des
explications. Ne pouvant supporter plus
longtemps cette situation macabre, un policier Afar se détache du rang, dans un
dernier élan de solidarité ethnique, déconseille vivement aux futures victimes
de se laisser déporter en demandant d’opposer une résistance passive. Pour son geste, il sera
sommairement abattu par ses collègues de Voyant leur plan dévoilé et
devant le refus des civils de monter dans le camion, les forces armées s’apprêtent
dès ce moment, à tirer sans sommation sur tout ce qui bouge Ayant remarqué’ des mouvements
qui contrarient le plan initialement établi, les forces armées qui s’étaient
préparées à l ‘éventualité d’une réticence de la part des civils, reçoivent
l’ordre d’exécuter sur place leur plan : l’acte d’extermination qu’elles
devaient accomplir ailleurs. Elles ouvrent le feu sans sommation sur une foule
sans défense (femmes, enfants, vieillards) qui tombe comme des mouches, tués à bout
portant. Dès les premières rafales, une
panique folle s’empare très logiquement de toute la population d’Arhiba II et
aux quatre coins de la cité, loin de contenir, les forces de l’ordre tirent è vue. La chasse à
l’Afar commence, un déluge de feu s’abat sur les civils, une course poursuite
abominable s ‘organise .Qui à pied, qui. en véhicule tout terrain, les forces
de l’ordre s’en donnent à coeur joie. Un safari humain. FAIT ELOQUENT Trois
policiers, Kalachnikov aux poings, font irruption dans l’Ecole Primaire Public
d’Arhiba dont le Directeur est sommé sous la contrainte par un vif et bref
échange de propos, de faire sortir ces classes les élèves (probablement pour
les exposer au carnage prévu) . Le Directeur de l’Ecole n’a pas manqué, malgré
la menace, de leur faire observer qu’il y va de sa responsabilité
professionnelle de mettre en sécurité les élèves et qu’il ne peut satisfaire
leur dangereuse requête aussi longtemps que les armes ne se seront pas tues à
Arhiba. Pendant ce temps, les deux
autres policiers s’introduisent dans les classes où ils n’hésitent pas à tirer
plusieurs rafales créant une panique généralisée tant parmi les enseignants que
parmi les élèves qui fuient à toutes
jambes. 7h45 : Un hélicoptère de l’armée française survole les lieux
du massacre, panique cette fois coté tueurs, par la crainte des caméras que les
français n’ont certainement pas manqué de sortir pour un tel flagrant délit. Au premier passage, les
tireurs cessent la fusillade, certains ont le ridicule réflexe de se cacher
derrière les maisons, mais continuent à pourchasser les rescapés dès que le
Puma s’éloigne. Au second passage, les “chasseurs” décident de se retirer et
maquillent le chiffre réel du carnage en s’empressant d’entasser dans deux
camions un maximum de cadavres. Combien de morts? Impossible à dire avec précision. Les témoins
oculaires les plus optimistes chiffrent à 50 cette cargaison funeste. Le convoi
se dirige vers la ville, les hommes en uniforme quittent enfin Arhlba. 8H00 Les habitants d ‘Einguela constatent que le terrain
vague des Salines qui s’étend au Nord d’Arhiha est lui aussi quadrillé par les
hommes de BILAN DU MASSACRE 33 corps abandonnés sur le
terrain vague, 7 personnes décédées à l’hôpital
Peltier le lendemain des suites de leurs blessures, 7 corps retrouvés le 19 en
mer à marée basse, 12 corps que les forces de
l’ordre ont emportés, Soit un total de 59 morts
dont 47 ont été enterrés LISTE DES PERSONDES
DISPARUES LE 18.12.1991 1. HAMAD IBRAHIM SAID 2. YASSO KATHE ALI 3. ALI IBRAHIM MOURRA 4. NIBALLEH ADEN MOHAMED 5. DAOUD MOHAMED ALT 6. ABDALLAH HANAD OMAR 7. SAID HAMADOU GAAS LISTE DES PERSONNES TUEES
LORS DU MASSACRE D ‘APHIBA Corps découverts sur
place 1. ALI ADAM AHMED 2. AHMED MOUMINE BAGUILA 3. HABILE MOUMINE BAGUÏLA 4. GANIBO IBRAHIM YASSO 5. ALI MOHAMED WEO 6. ADAM DIHIBO MOUSSA 7. MOHAMED ALI OMAR 8. ALI ALELOU ASSOWE 9. BERO DAOUD ANGADE 1O.OMAR MOHANED KABADE 11.ABDALLAH YAYO IBRAHTM 12.HASSAN ALI ABOUBAKER 13.MALIK ALI MAHAMED 14.HASSAN ABDOU ABOUBAKER 15.ALI ABDALLAH GOURATE 16.SABOLI ABDALLAH GAAS 17.ALI KABIR MANDEITOU 18.NOUMANE MOHAMED ABDALLAH 19.ALI SATD MOHAMED 20.MAHAMED MOUSSA WAAYE 21.ALI HOUSSEIN HARSSOU 22.ALI CHEIKO HAMAS 23.ADAM CHEIKO HAMAD 24.MOHAMED ALI HOUSSEIN 25.HASSAN FILADERO HASSAN 26.IDRISS LALE ALI 27.MOHAMED OSMAN IBRO 28.OSMAN MOHANED IBRO 29.SAADA AHMED 3O.ALI ARERO ALI 31.MISERA BOUCHRA CHOUMA 32.SALIHA MOHAMED ALT 33.ALI ADAM ALI Personnes retrouvées à marée
basse 34.HOUSSEIN IBRAHIM MOHAMED 35.KILO YASSIN ALI 36.MAHAMEISSE DINBIHISSE ALI 37.ALI HAMAD DOULA 38.HERE ALI YASSO 39,FOSSEYA MOHAMED OSMAN 40.HASNA SAID MOHAMED A l’hôpital Peltier 41 OSMAN YOUSSOUF 42.HASSAN HAMID 43 ABDOULKADER MOHAMED ISSA 44.ARISSO ONDE ARISSO 45.MOHAMED MOUSSA MOHAMED 46,MOHANED ALI AHMED 47.MOHAMED HOUMED MOHAMED N.B. Les impacts de balles
relevés sur les blessés nous autorisent à penser qu’il y avait plusieurs
groupes de tireurs et que nombreuses étaient les personnes en train de fuir
lorsqu’elles ont été atteintes par les projectiles. Ainsi, 50 % des survivants
sont atteints au dos, 30% de face e 20 % de côté. De plus, il a pu être
dénombré environ 300 blessés dont 70 seulement furent admis à Peltier, une
dizaine à l’hôpital militaire français alors que les autres ont été soignés par
leurs propres familles de peur de représailles éventuelles. TEMOIGNAGE D’UN MEDECIN FRANCAIS : François DE
CHABALIER (Médecin:-Chef du district d’OBOCK) Le quartier est bouclé,
les forces de l’ordre ont brûlé des cartes d’identité. La tension a monté. Un
gendarme a été poignardé par un afar juste après la fusillade. 2 policiers
afars qui essayaient de prendre la défense des habitants d’Arhiba ont été tués
par balle par leurs propres collègues. A ce moment là, c’est la fusillade et
les exécutions sommaires. C’est le carnage, les forces de l’ordre tirent sur
tout ce qui n’a pas d’uniforme. J’ai été très impressionne
à l’hôpital Peltier par la foule de bléssés qui affluaient. Il faut imaginer un
grand couloir avec de chaque côte une
enfilade de brancards avec dessus des gens, tous. blessés par balles, tous afars, tous civils. Au bas mot, une quarantaine
de morts. 26 ont été entérrés dans les cimetières hors de la ville plus une
quinzaine dans la ville puisque les gens n’avaient pas le droit (le sortir pour
enterrer leurs morts ailleurs. La majorité des victimes
était des hommes jeunes également des lemmes et des enfants mais aussi un vieil
homme dont le crâne a été défoncé à coups de crosse et qui en est mort. J’ai vu
un enfant de moins de 5 ans avec un poignet éclaté par balle. Il semble certain qu’une intervention
musclée des forces de l’ordre sur quartier
afar était prévue à titre de vengeance et de représailles depuis la veille au
soir à cause d’une sévère défaite militaire, dans la zone nord de Tadjourah où
l’armée aurai eue 3oo morts ou disparus.
A Tadjourah, l’armée nationale a subi de lourdes pertes et de lourdes défaites. A Obock, c’est une ville
morte, occupée par les forces de I ‘ordre et encerclée par les rebelles et la
population civile est avec les rebelles en brousse. Leur souci est un souci d’alimentation et de soutien sanitaire. On comprend bien qu’ils ont
la possibilité de se ravitailler par l’Ethiopie ou par le Yémen mais pour cela
il faut de l’argent et les
fonctionnaires ont des difficultés pour récupérer de l’argent sauf ceux qui
sont à Djibouti. Le pays est coupé en deux.
Les gens d’Obock s’ils veulent venir à Djibouti
doivent passer par l’Ethiopie, c’est à dire:’ qu’ils font un tour gigantesque
pour contourner le pays. On ne peut plus passer par la mer puisque l’armée
contrôle les sorties. D’ailleurs les pêcheurs d’Obock qui s’étaient réfugiés à
Djibouti se sont vu confisquer leurs boutres. L’inquiétude majeure des
djiboutiens est que Djibouti devienne comme Mogadiscio. Les tracts dans le sens
de la guerre civile distribués à Djibouti n’ont pas trouvé une oreille à haut
niveau On craignait que les quartiers Issas déferlent Djibouti sur les quartiers
afar. Mais en réalité jusqu’à présent ce ne sont que les forces de l’ordre qui
arrivent sur les quartiers afar ; La majorité des djiboutiens voudrait
préserver leur pays. La situation ethnique est plutôt calme au regard de la
gravité des événements ; |