DIFFUSION
D'INFORMATION N° 3/01/LDDH
DU 13 MAI 2001
UNION INTERPARLEMENTAIRE
CAS N° DJI/09
- AHMED BOULALEH BARREH )
CAS N° DJI/10 - ALI MAHAMADE HOUMED ) DJIBOUTI
CAS N° DJI/11 - MOUMIN BAHDON FARAH )
Résolution
adoptée sans vote par le Conseil de l'Union interparlementaire
à sa 168ème session
(La Havane, le 7 avril 2001)
Le Conseil de l'Union interparlementaire,
Se référant à l'exposé du cas de MM. Ahmed
Boulaleh Barreh, Ali Mahamade Houmed et Moumin Bahdon Farah (Djibouti),
qui figure dans le rapport du Comité des droits de l'homme des
parlementaires (CL/168/13c)-R1), et à la résolution qu'il
a adoptée à ce sujet à sa 167ème session
(octobre 2000),
Tenant
compte des observations de la délégation djiboutienne
à la 105ème Conférence interparlementaire (avril
2001),
Rappelant
les éléments ci-après, versés au dossier
:
- MM.
Boulaleh Barreh, Mahamade Houmed et Bahdon Farah ont été
déclarés coupables le 7 août 1996 d'outrage au Président
de la République pour avoir lancé " un appel solennel
à l'ensemble des militants
et des Djiboutiens à
se concerter et se mobiliser pour faire échec, par tous les moyens
légaux et pacifiques, à cette politique délibérée
du Président Hassan Gouled Aptidon, de régner par la terreur
et la force, tout en bafouant notre Constitution et les institutions
républicaines " ; ils ont été condamnés
à six mois d'emprisonnement, à une amende et à
cinq ans de privation de leurs droits civiques ;en conséquence
,ils n'ont pas pu se présenter aux élections législatives
de décembre 1997 ,ni aux élections présidentielles
d'avril 1999 ;
- leurs procès s'est ouvert malgré l'arrêt de la
Cour Constitutionnelle du 31 juillet 1996 qui en vertu de l'article
81 de la Constitution , s'impose à toutes les autorités
administratives et juridictionnelles ; la Cour a statué en effet
que la levée de leur immunité parlementaire avait été
entachée d'irrégularités , l'Assemblé Nationale
n'ayant pas adopté une résolution à cet effet comme
le prévoit l'article 64 de son Règlement intérieur
et les députés concernés n'ayant pas été
entendus non plus , ce qui constitue une violation flagrante de leur
droit à la défense ; les autorités parlementaires
n'ont cessé d'insister sur l'erreur de procédure commise
par ces députés :au lieu de contester le procès-verbal
de la séance du Bureau de l'Assemblée Nationale au cours
de laquelle leur immunité avait été levée
, procès-verbal qui ,à leurs yeux , représente
la Résolution requise, ils ont attaqué la lettre par laquelle
le Président de l'Assemblée nationale a informé
le Ministre de la justice de la levée de l'immunité ;
les autorités se sont référées à
la décision du tribunal de première instance, qui établissait
la régularité de la levée de l'immunité
parlementaire ;
- le
7 février 2000, le Gouvernement et la rébellion armée
ont signé un Accord-cadre de réforme et de concorde civile
qui accordait une amnistie aux rebelles armés ; l'article III
de ce texte, intitulé De la démocratie, stipule qu'il
" n'y a pas de République viable sans la démocratie
ni de démocratie sans un équilibre des pouvoirs, sans
la pluralité de l'opinion, la liberté d'en faire état,
et sans le droit d'agir pour le faire valoir ",
sachant
qu'une levée irrégulière de l'immunité parlementaire
rend nulle et non avenue la procédure judiciaire subséquente,
raison pour laquelle il s'était enquis de la possibilité
d'une révision de leur procès, les autorités ont
insisté sur l'impossibilité de cette révision car
" aucun fait nouveau ou aucun élément inconnu de
nature à faire naître un doute sur leur culpabilité
ne s'est produit ou n'a été révélé
après leur condamnation ",
ayant
à l'esprit la position déjà exposée à
ses 166ème et 167ème session à Amman et Djakarta
(2000), à savoir qu'il serait indiqué, vu l'esprit de
réconciliation dont témoigne l'Accord-cadre, que les anciens
députés qui se sont bornés à critiquer verbalement
les autorités bénéficient également de l'amnistie
; notant l'avis des autorités, selon lequel l'octroi d'une amnistie
aux députés concernés ne s'imposait plus, car ils
pourront se présenter aux élections législatives
de décembre 2001, étant donné que la période
de cinq ans de privation de leurs droits politiques aura expiré
d'ici là,
1.
remercie la délégation djiboutienne de ses observations
;
2.
réitère sa conviction qu'en tenant les propos jugés
offensants les anciens parlementaires concernés n'ont fait qu'exercer
leur droit à la liberté d'expression, qui serait totalement
dénué de sens s'il ne comprenait pas le droit de critiquer
l'Exécutif et de dénoncer les abus éventuels ;
3.
relève que l'accord de paix reconnaît expressément
l'importance de la liberté d'expression dans un Etat démocratique
;
4.
est donc très déçu par le peu d'empressement de
l'Assemblée nationale à faire un geste tangible de réconciliation,
tel qu'une mesure d'amnistie, envers les anciens parlementaires dont
les attaques, contrairement à celles des rebelles, n'ont été
que verbales ;
5.
relève que les décisions du Conseil constitutionnel s'imposent
à toutes les autres autorités juridictionnelles et qu'en
conséquence le mépris de cette décision par la
Chambre correctionnelle de la Cour d'appel de Djibouti vicie toute la
procédure judiciaire ;
6.
ne peut donc que conclure que l'Etat, en poursuivant les anciens parlementaires
concernés, a violé non seulement leur immunité
parlementaire mais aussi leur droit à la liberté d'expression
;
7.
invite l'Assemblée nationale à veiller à ce que
les droits et privilèges de ses membres soient pleinement respectés
et à tout mettre en uvre pour qu'ils jouissent de la liberté
d'expression dont ils ont besoin pour exercer utilement leur mandat
parlementaire ;
8.
charge le Secrétaire général de porter cette résolution
à la connaissance du Président de la République,
du Ministre de la Justice, du Président de l'Assemblée
nationale et des anciens parlementaires concernés ;
9.
prie le Comité des droits de l'homme des parlementaires de poursuivre
l'examen du cas et de lui faire rapport à sa prochaine session
(septembre 2001).
___________________________
Remarques
de la L.D.D.H
Il
est décevant de constater la mauvaise foi des dirigeants d'une
équipe foncièrement dictatoriale , il est décevant
d'encaisser le peu de sérieux accorder pour donner suite aux
promesses lancées au Sommet des Nations Unies en septembre 2000
pour l'urgence des ratifications des Statuts de la Cour Pénale
Internationale ,promesses lancées par le Président Ismael
Omar . Promesses non tenues , malgré les lettres ouvertes de
la L.D.D.H au Ministre de la justice chargé des Droits de l'Homme
,et au Président de l'Assemblée nationale , promesses
au Monde entier ,si elle reste non tenue , doivent être considérées
comme un crime contre l'humanité .
Les différentes décisions du Chef de l'Etat depuis deux
ans laissent perplexes ,sont très inquiétantes ,notamment
le Statut des magistrats et le Conseil Supérieur de la Magistrature
(nouvelles version)
La
Résolution adoptée par le Conseil de l'Union Interparlementaire
le 7 avril dernier ne peut que réconforter nos convictions ,ne
peut que nous encourager dans notre combat pour les Droits de l'Homme
,pour dénoncer les crimes contre l'humanité
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