DIFFUSION
D'INFORMATION N°8 du 21 décembre 2000
" Comment constituer un dossier contre les tortionnaires"
- Amnesty International -
Commentaires
:
La Cosena a
certainement infligé les décisions des juges d'Appels
de Santiago, qui ont décidé au début de cette semaine
et probablement pour ne pas " compromettre la sécurité
du Chili, décidé d'infirmer le premier jugement.
Cette décision
ne peut que nous convaincre de la fragilité des juges qui pour
des raisons d'État ou autres, pressions gouvernementales sont
facilement vulnérables surtout dans les pays où la dictature
et/ou les restes de la dictature contrôlent les rouages de l'État
Dans l'unique
objectif de faire évoluer les mentalités et les réactions
de peur face à la dictature en générale, et afin
de participer à l'Information et à la Formation en matière
des Droits de l'Homme.
La Ligue Djiboutienne
des Droits Humains (LDDH) par la Diffusion d'Information n°4/LDDH/2000
du 23 août 2000 avait reproduit des articles du Monde Sélection
hebdomadaire du 19 août 2000.
Par une autre
Diffusion d'Information n°5/LDDH/2000 du 7 septembre 2000, la LDDH
avait publié des extraits d'un rapport d'Amnesty comprenant une
chronologie de l'Affaire du général Pinochet.
Lors de cette
dernière diffusion, la LDDH avait émis les commentaires
suivantes :
Cette diffusion
fait suite à la précédente diffusion n°4/LDDH
sur Pinochet. Nous avons reproduit dans la Diffusion des passages d'un
rapport d'Amnesty International.
Nous sommes profondément persuadés que le " combat
contre l'impunité " est vraiment un combat de tous les jours,
un combat qui demande beaucoup de courage et d'abnégation. C'est
un combat noble.
Dans " le
combat contre l'impunité : Affaire Pinochet " Amnesty International
nous a dressé une chronologie parfaite et nous montre par là
que pour chaque affaire, le combat contre l'impunité nécessite
en priorité l'établissement d'une chronologie détaillée
pour chaque cas de délit contre la personne humaine, pour chaque
dictateur, pour chaque tortionnaire, pour chaque personne impliquée
dans les détournements des deniers publics ou dans la propagation
du " cancer " de la corruption, car la corruption tue. Bref,
il faut réussir à établir une fiche signalétique
pour chaque personne qui opère se croyant couvert par l'impunité.
Pour plus amples
informations sur le " comment constituer un dossier",
vous pouvez vous adresser à :
AMNESTY INTERNATIONAL
INTERNATIONAL SECRETARIAT
1 Easton Street, London WC1X ODW, United Kingdom
Tel : Int. Code :44 (20) 7413 5500. UK Code : 020 7413 5500. Fax : Int.
Code 44 (20) 7956 1157. UK Code : 020 7959 1157
E-Mail : amnestyis@amnesty.org
Web :http://www.amnesty.org
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LE
MONDE SÉLECTION HEBDOMADAIRE
Du
samedi 16 décembre 2000
CONVENTION
A Palerme, les États membres des Nations Unies
s'attaquent aux mafias du monde entier
PALERME (Sicile)
de notre envoyé spéciale.
Les ors des
palais baroques fraîchement rénovés, le front de
mer du Foro Italico enfin rendu à la promenade après un
demi-siècle de décharges puantes, les flancs des bus affichant
la " bienvenue " , le soleil généreux
..
La ville si souvent qualifiée de " capital de la Mafia "
se dresse dans une belle volte-face de l'histoire comme le cur
de l' " anticrime ".
Les préparatifs
n'ont pas été simples à réaliser. Ce fut
même un pari pris par les Nations unies qui mirent la main au
porte-monnaie. Mais en choisissant Palerme, l'ONU a voulu marquer "
un symbole ", pour y signer la première " convention
contre le crime organisé transnational " et ses mafias mondiales
- anciennes, comme la Cosa Nostra sicilienne ou ses rivales traditionnelles
du lointain Orient, et plus jeunes, venues de l'Est européen.
Les exigences
de la sécurité ont transformé la ville en forteresse,
où, sans badge, le piéton est condamné à
emprunter des parcours en zigzags interminables pour arriver au domicile
ou au travail. Devant le théâtre Massimo, rouvert depuis
deux ans, et qui accueille la cérémonie d'ouverture, aux
abords du nouveau palais de justice, et sous les porches des vingt-quatre
hôtels quasiment réquisitionnés, des militaires
patrouillent jour et nuit, fusils braqués. Dans le ciel vrombissent
en noria sans fin les hélicoptères de la sécurité.
2800 soldats, 2500 policiers et 2500 carabiniers, 600 hommes de la Guarda
di Finanza (police financière) ainsi qu'un bataillon de marins
prêts à intervenir dans le port. " Palerme est blindée
", murmurent ses 700 000 habitants.
Trois jours
avant l'ouverture, Pino Arlacchi, vice-secrétaire général
de l'ONU et directeur exécutif du bureau de Vienne pour le contrôle
des drogues et la prévention du crime, a tenu une conférence
de presse en compagnie de Leoluca Orlando, le maire de Palerme (centre-gauche),
son compagnon depuis deux décennies dans la lutte contre la Mafia.
" GRAND RAOUT "
" C'est
un problème sicilien devenu mondial ", a assuré M.
Arlacchi, alors que, pour le premier élu, la cité est
devenue " la capitale de la légalité ". "
La culture, a-t-il ajouté, a été notre arme de
choix contre la Mafia. Claudio Abbado a dirigé ici en 1997 la
Philharmonique de Berlin, Pina Bausch a dansé ici, tant d'artistes
talentueux nous ont sortis de l'isolement culturel qui sert de terreau
à la culture mafieuse et son emprise sur le territoire. Redevenue
célèbre sur le plan mondial, Palerme a assaini ses comptes,
su également se développer et attirer des investisseurs.
Déjà, la fameuse agence américaine Moody's nous
classe sur le plan de la fiabilité financière au même
rang que Stockholm, Barcelone et San Francisco. " Sept mille emplois
précaires ont été créés ces dernières
années.
Devant la presse,
les deux hommes se sont souvenus d'un autre rêve, celui du juge
Falcone qui, peu avant son assassinat par Cosa Nostra au printemps 1992,
suggérait déjà une telle convention, une mobilisation
internationale contre la crime organisé étant, selon lui,
la seule solution pour en venir à bout.
Mardi 12 décembre,
après avoir présidé l'ouverture de la conférence
avec Kofi Annan, le président de la République italienne,
Carlo Azeglio Ciampi, s'est rendu à Corleone, à une soixantaine
de kilomètres de Palerme. Corleone, bourgade symbole s'il en
est : berceau du clan des Corleonesi, qui a dominé l'actualité
sanglante jusqu'à l'arrestation, en janvier 1993, de son chef
Toto Riina. Un autre capo a pris sa place, Bernado Provenzano, en cavale
depuis si longtemps que les policiers doivent faire appel à la
science pour trouver le moyen de réaliser un croquis plausible
de son image.
A Corleone,
M. Ciampi va inaugurer un " centre de documentation international
sur la Mafia et le mouvement antimafia ". Le maire, Michele Cipriani
(gauche), a su avec courage changer le visage de sa bourgade. L'idée
de cet étrange " musée ", comme on l'appelle
volontiers ici, est venue également d'un autre combattant respecté,
professeur d'université en retraite, Umberto Santino.
Chez lui, à
Palerme, avec sa femme, ils tiennent un autre lieu - ouvert il y a longtemps
-, le Centre Giuseppe - Impastato, du nom de ce jeune syndicaliste tué
en 1978 par Cosa Nostra et qui vient d'inspirer le film I Cento Passi
(Les Cent Pas). Des rayonnages, pleins à craquer, d'archives
soigneusement répertoriées sont ouverts aux chercheurs
et spécialistes en panne d'information.
Umberto Santino
exprime ses sentiments mitigés sur ce qui fait figure de "
grand raout ". Certes, " cette conférence est positive
en instaurant le délit d'association criminelle. A Palerme, les
choses ont évolué. Mais de là à dire qu'on
y a vaincu la Mafia, je ne suis pas d'accord. Je trouve cela dangereux
".
La Mafia s'est
adaptée. Depuis les coups sanglants à la suite desquels
furent éliminés le juge Falcone et tant de magistrats,
de policiers et de carabiniers, elle préfère désormais
l'infiltration des institutions et de l'économie. " Elle
a toujours recherché le pouvoir, l'impunité due à
sa complicité avec le pouvoir, plus encore que le profit, souligne
ce érudit.
Et le mouvement
qui la combat, plutôt amolli ces temps-ci, ne date pas, contrairement
à ce qu'affirme Orlando, des années 1980, quand il arrive
à la tête de la municipalité. Il n'acquit chez les
" fasci " paysans, l'ancêtre du syndicat, dans la deuxième
moitié du XIXe. "
Le maire a ses
fidèles, qui ont travaillé efficacement à ses côtés
" à la renaissance de Palerme " pendant les trois mandats
qu'il a exercés. Parmi eux, Paolo Falcone, trente-deux ans, organisateur
d'expositions d'art contemporain, et Shoba , photographe et fille de
Letizia Battaglia, elle-même palermitaine et photoreporter, pionnière
contre la Mafia. Aux chantiers de la Zisa, une friche industrielle rénovée
de fond en comble par la municipalité, Paolo présente
une soixantaine de clichés de Letizia, qui n'avait plus exposé
ici depuis seize ans.
Ces images en
noir et blanc racontent la vie quotidienne de la rue sicilienne et aussi
les tueries de la Mafia, corps abîmés, larmes, les années
noires de 1970 à 1993. " C'est le devoir de mémoire
et justement en ces jours de conférence ", explique avec
force Paolo Falcone.
Lui et Shoba
ne cachent pas une certaine nostalgie pour ce qui a été
" jusqu'à il y a deux ans le printemps de Palerme ".
Depuis, selon d'autres sources concordantes, les calculs de clientélisme
politique ont refait surface en ville, ralentissant l'élan des
uns tout en favorisant la carrière des autres
.
Danielle Rouard
(Mercredi 13 décembre)
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- Le Monde -
Sélection
Hebdomadaire - Samedi 9 décembre 2000
Au
Chili, le général Augusto Pinochet est assigné
à résidence
Le juge Juan
Guzman a inculpé l'ancien dictateur pour les crimes commis par
la " caravane de la mort "
Augusto Pinochet
a été inculpé, vendredi 1er décembre, pour
les crimes commis au Chili par la " caravane de la mort ",
une unité militaire ayant exécuté sommairement
75 prisonniers politiques en octobre 1973. Le juge Guzman a estimé
que le général Pinochet avait été "
l'auteur intellectuel " et le " coauteur " de ces crimes,
dont les trois responsables ont déjà été
emprisonnés et pourraient être jugés pour "
homicides ".
BUENOS AIRES
De
notre correspondante régionale
L'étau
judiciaire s'est refermé au Chili sur le général
Augusto Pinochet, qui a été inculpé et assigné
à résidence, vendredi 1er décembre, par le juge
Juan Guzman pour les crimes commis par la " caravane de la mort
", une unité militaire qui sillonna le pays, exécutant
sommairement soixante-quinze prisonniers politiques en octobre 1973,
un mois après le coup d'État qui renversa Salvador Allende.
Dans une décision
historique, le magistrat a inculpé l'ancien homme fort du Chili
comme " auteur intellectuel " des crimes commis par la "
caravane de la mort ". Les cadavres de dix-neuf des victimes n'ayant
jamais été retrouvés, le juge Guzman a toujours
fait valoir qu'il s'agissait de délits " permanents "
ne pouvant pas être protégés par la loi d'amnistie
imposée par le général Pinochet en 1978. Cette
loi couvre les homicides commis entre 1973 et 1978. D'après le
code de procédure pénale chilien, les prochaines actes
du juge Guzman pourraient donc être la mise en accusation et la
condamnation de celui qui instaura pendant dix-sept ans l'une des dictatures
les plus implacables d'Amérique latine.
Le vieux "
caudillo ", qui a fêté ses quatre-vingt-cinq ans le
25 novembre, ne se trouve pas actuellement dans sa demeure de Santiago.
Fuyant la chaleur de l'été austral, le général
Pinochet est parti au bord du Pacifique, dans sa résidence de
Los Boldos (" les Tilleuls "), à Bucalemu (120 Kilomètres
au sud-ouest de Santiago). Selon la loi chilienne, une inculpation ou
un ordre de détention doivent être communiqués formellement
à la personne concernée.
La décision
du juge Guzman a fait l'effet d'une bombe dans les milieux judiciaires,
politiques et militaires, mais les rues sont restées calmes à
Santiago.
Dans la soirée,
quelque deux cent cinquante personnes ont manifesté dans le centre-ville,
demandant " châtiment et justice " pour les 1198 détenus
disparus de la dictature (1973 - 1990). Les commandants en chef des
forces armées se sont immédiatement réunis à
huis clos pour analyser une situation qualifiée " d'inquiétante
" par l'amiral Jorge Arancibia, commandant en chef de la marine.
L'INDÉPENDANCE DES TRIBUNAUX
Cette décision
" renforce la démocratie, le pouvoir d'État et l'image
internationale du Chili ", a déclaré un porte-parole
du président chilien, Ricardo Lagos, qui se trouvait à
Mexico pour l'investiture du nouveau président mexicain, Vicente
Fox. " C'est une nouvelle assez surprenante ", a déclaré
à Santiago Claudio Huepe, le secrétaire général
du gouvernement. " L'important, c'est que tous les Chiliens soient
égaux devant la loi ", a-t-il ajouté, demandant à
la société chilienne de rester calme et de " laisser
travailler la justice ".
De son côté,
le secrétaire du Parti socialiste, Ricardo Nunez, a exprimé
sa satisfaction devant la détermination du juge Guzman, qui démontre
qu' " il est possible de faire justice au Chili ", M. Numez
a exprimé l'espoir que les prochaines résolutions du magistrat
continueront à refléter l'indépendance des tribunaux
et non pas " l'opinion de personnes ou de partis politiques en
particulier ".
" Je ne
peux cacher l'incroyable émotion que je ressens en voyant un
juge juste, un juge soumis aux pressions des pinochétistes, comme
l'est le juge Guzman, appliquer la loi avec une stricte rigueur ",
a déclaré Eduardo Contreras, l'avocat de l'accusation
dans le dossier de la " caravane de la mort ". Avec cette
résolution, a ajouté l'avocat, " se rompt toute une
chaîne, une succession d'obstacles qui semblaient empêcher
pour toujours un procès Pinochet ".
Clamant l'innocence
de leur client, les avocats de la défense ont présenté,
dès le lendemain, un recours visant à annuler la décision
du magistrat auprès de la cour d'appel de Santiago.
Selon les avocats
de l'ancien dictateur, la décision du juge Guzman est illégale,
car la magistrat aurait dû au préalable interroger le général
Pinochet et attendre que le vieux caudillo, âgé de quatre-vingt-cinq
ans, soit soumis aux examens de santé mentale qu'exige la loi
chilienne dans le cas de prévenus âgés de plus de
soixante-dix ans. Les trois magistrats de la cinquième chambre
de la cour d'appel devaient entamer, lundi, l'examen du recours et demanderont
au juge Guzman d'exposer les raisons qui l'ont poussé à
inculper et à assigner à résidence l'ancien homme
fort du Chili.
Le magistrat
a rappelé, dimanche 3 décembre, qu'il avait déjà
procédé à un interrogatoire de l'ex-dictateur,
il y a un an, par l'intermédiaire d'un questionnaire qu'il avait
envoyé à Londres, où était détenu
le général Pinochet sur ordre du juge espagnol Baltazar
Garzon. Le juge Guzman est apparu à la porte de sa maison de
Santiago où une trentaine de partisans de Pinochet étaient
venus manifester leur colère. Serein, le magistrat a échangé
quelques mots avec la presse.
Un grand malaise s'est emparé des militaires. Le général
Ricardo lzurieta, qui a succédé au général
Pinochet à la tête des forces armées en mars 1998,
a demandé, samedi, que soit convoqué le Conseil de sécurité
nationale (Cosena). Mais cette demande a été rejetée
par le vice-président, Jose Miguel Insulza, qui assure l'intérim
en l'absence du président Ricardo Lagos actuellement en visite
au Mexique et qui doit rentrer au Chili mardi.
Le Cosena, qui
regroupe, outre le chef de l'Etat, le ministre de la défense,
le président du Sénat, le contrôleur général
de la République et les chefs des trois armes et de la police
militarisée des carabiniers, est chargé, selon la Constitution,
de conseiller le président " face à un fait, un acte
ou une matière qui affecte gravement les bases de l'organisation
institutionnelle ou peut compromettre la sécurité du pays
".
De son côté,
le général à la retraite Rafael Villarroel, ex-vice
commandant en chef des forces armées, a déclaré
que les partisans du général Pinochet étaient en
" état d'alerte ". Aux termes d'un accord passé
en mars dernier avec des avocats de défense des droits de l'homme,
les forces armées se sont engagées à fournir des
informations permettant de faire la lumière sur le sort réservé
à plus d'un millier d'opposants disparus pendant la dictature
(1973-1990).
La presse chilienne
soulignait pourtant, ce week-end, que cet accord, devant être
effectif d'ici au 6 janvier prochain, risquait de ne pas se concrétiser.
Les militaires possédant des informations pourraient à
présent se montrer plus réticents à les communiquer,
par solidarité envers le général Pinochet, mais
aussi par crainte des poursuites judiciaires pouvant découler
de leurs révélations.
Christine Legrand
L'idée d'un pacte offrant l'impunité s'éloigne
L'idée
d'un éventuel pacte offrant l'impunité à Pinochet
était évoquée, au Chili, depuis la cérémonie
de la liturgie du Pardon, le 24 novembre, dans la cathédrale
de Santiago. En présence du président Lagos et des représentants
des forces armées, l'Église chilienne avait demandé
pardon pour ses omissions face aux violations des droits de l'homme
commises au long de l'histoire du pays. Des affrontements entre la police
et des anti-Pinochet avaient éclaté dans les alentours
de la cathédrale. Le même jour, le général
Pinochet avait envoyé un message à l'archevêque
de Santiago, Mgr Francisco Javier Errazuriz, dans lequel il exprimait
" sa douleur pour la souffrance qu'éprouvent et ont éprouvée
beaucoup de Chiliens ".
avec l'inculpation
d'Augusto Pinochet, l'idée d'un pacte semble s'éloigner.
C'est " l'une des nouvelles les plus importantes que nous ayons
reçue pendant toutes ces années ", a déclaré
vendredi 1er décembre au Monde la présidente de l'Association
des familles de détenus disparus, Viviana Diaz. -(Corresp.)
Le Juge Garzon,
qui a tout déclenché en 1998, se souvient
MADRID
De
notre correspondante
On ne pouvait
rêver pareille coïncidence : le lendemain même de la
publication du livre de l'écrivain et journaliste Pilar Urbano,
Garzon : L'Homme qui voyait le jour se lever, Augusto Pinochet était
inculpé, dans son propre pays, le Chili. Comment le juge madrilène,
qui a tout déclenché en envoyant par Interpol un mandat
d'arrêt international contre le vieux dictateur à Londres,
a-t-il ressenti personnellement ces événements ? Le livre
le raconte.
Le 16 octobre
1998 est un vendredi. Tout le monde est déjà parti. Seul,
dans son bureau, Baltasar Garzon vient d'apprendre que l'ex-dictateur
va quitter la clinique londonienne où il a été
soigné, le lendemain. S'il ne se décide pas tout de suite
à agir, en envoyant son mandat international, tout est fini.
" Je peux faire ou ne pas le faire, s'interroge-t-il, réussir
ou échouer. Mais je sais que ce que je ne peux pas faire, c'est
me mentir à moi-même. C'est clair : je dois le tenter,
je me connais. Si ayant à portée de la main l'opportunité
historique, l'incroyable conjoncture qui fait que l'oppresseur est en
dehors de son territoire et qu'il y a de solides éléments
qui peuvent conduire à sa détention, je me laisse intimider
et rentre la tête dans les épaules, alors je ne pourrais
plus me regarder dans un miroir (..) Allez ! je me risque, sachant qu'à
partir d'aujourd'hui il me faudra tout construire, tout seul (
),
je me risque et j'ai le vertige. "
L'affaire Pinochet
était lancée et le dictateur arrêté peu après.
Presque un mois plus tard, de pressions en bataille juridique et diplomatique,
Garzon semble se rendre compte que sa décision aura des conséquences
sur la justice internationale qu'il n'avait peut-être pas prévues
aussi amples. " 21 octobre, note-t-il cette fois dans son journal
intime, je n'écris pas tout, parce que je n'ai pas le temps.
" LE PICOTEMENT DES GRANDS MOMENTS
"
" Un fameux
bazar que j'ai créé là ! Il y a des déclarations
des politiques à tout-va ; une réaction inédite
dans les médias du monde entier ; des engueulades, dans les rues,
de gens agitant des pancartes à Madrid, Londres, Santiago du
Chili. Pour ou contre : tout le monde se sent concerné. C'est
un moment délicat, incertain
"
Le 27 octobre,
confiant, il ajoute : " Mon initiative a l'air de prendre. Nous
ne sommes plus seuls. Tout cela, c'est de la justice : il faut qu'elle
ait lieu. Tous, nous avons ouvert des dossiers à charge. "
Le lendemain, première grande victoire, malgré le parquet
de l'Audience nationale, la plus haute juridiction pénale, dont
dépend Baltasar Garzon, d'abord opposé, la justice espagnole
se déclare compétente contre Augusto Pinochet.
Suivent plus
de cinq cents jours d'arguties juridiques, jusqu'à ce que, pour
motifs humanitaires, au vu d'un examen médical très contesté,
le ministre de l'intérieur britannique, Jack Straw, décide
de laisser l'ex-dictateur retourner dans son pays. Le juge Garzon semble
alors à voir perdu la bataille, une bataille dans laquelle il
conteste aussi " la bonne foi " de certains procureurs espagnols
et estime qu'à l'occasion José Maria Aznar, chef du gouvernement
espagnol, a " tergiversé ".
Le moment le
plus fort de toute cette période reste son arrivée à
la Chambre des lords, en janvier 1999, lors de la décision sur
la levée de l'immunité de Pinochet. " C'est plein
de journalistes, se souvient-il, je ressens le picotement des grands
moments, la sensation de vivre quelque chose qui, en cet instant même,
est déjà de l'histoire, un souvenir, un cadre avec un
dessin lointain dont je fais partie. Tout, jusqu'aux petits détails,
un parapluie ouvert, les marches d'escalier, les plinthes de bois de
la salle de justice, tout fait partie d'une scène qui me dépasse
mais m'inclut aussi, pour toujours. "
Maria - Claude Decamps.
(Lundi 4 décembre)
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