L.D.D.H.
Ligue Djiboutienne des Droits humains

Le Président NOËL ABDI Jean Paul
SIÈGE Q. V. BOULEVARD de Gaulle
B.P. 74 DJIBOUTI
DOM TEL : 253 358 007
BUR TEL : 253 357804

E-mail : noel_lddh@yahoo.fr
Site : http://www.lddh-djibouti.org

Retour au menu 'LDDH'

DIFFUSION D'INFORMATION N°8 du 21 décembre 2000

" Comment constituer un dossier contre les tortionnaires"
- Amnesty International -

Commentaires :

La Cosena a certainement infligé les décisions des juges d'Appels de Santiago, qui ont décidé au début de cette semaine et probablement pour ne pas " compromettre la sécurité du Chili, décidé d'infirmer le premier jugement.

Cette décision ne peut que nous convaincre de la fragilité des juges qui pour des raisons d'État ou autres, pressions gouvernementales sont facilement vulnérables surtout dans les pays où la dictature et/ou les restes de la dictature contrôlent les rouages de l'État

Dans l'unique objectif de faire évoluer les mentalités et les réactions de peur face à la dictature en générale, et afin de participer à l'Information et à la Formation en matière des Droits de l'Homme.

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) par la Diffusion d'Information n°4/LDDH/2000 du 23 août 2000 avait reproduit des articles du Monde Sélection hebdomadaire du 19 août 2000.

Par une autre Diffusion d'Information n°5/LDDH/2000 du 7 septembre 2000, la LDDH avait publié des extraits d'un rapport d'Amnesty comprenant une chronologie de l'Affaire du général Pinochet.

Lors de cette dernière diffusion, la LDDH avait émis les commentaires suivantes :

Cette diffusion fait suite à la précédente diffusion n°4/LDDH sur Pinochet. Nous avons reproduit dans la Diffusion des passages d'un rapport d'Amnesty International.

Nous sommes profondément persuadés que le " combat contre l'impunité " est vraiment un combat de tous les jours, un combat qui demande beaucoup de courage et d'abnégation. C'est un combat noble.

Dans " le combat contre l'impunité : Affaire Pinochet " Amnesty International nous a dressé une chronologie parfaite et nous montre par là que pour chaque affaire, le combat contre l'impunité nécessite en priorité l'établissement d'une chronologie détaillée pour chaque cas de délit contre la personne humaine, pour chaque dictateur, pour chaque tortionnaire, pour chaque personne impliquée dans les détournements des deniers publics ou dans la propagation du " cancer " de la corruption, car la corruption tue. Bref, il faut réussir à établir une fiche signalétique pour chaque personne qui opère se croyant couvert par l'impunité.

Pour plus amples informations sur le " comment constituer un dossier", vous pouvez vous adresser à :

AMNESTY INTERNATIONAL
INTERNATIONAL SECRETARIAT
1 Easton Street, London WC1X ODW, United Kingdom
Tel : Int. Code :44 (20) 7413 5500. UK Code : 020 7413 5500. Fax : Int. Code 44 (20) 7956 1157. UK Code : 020 7959 1157
E-Mail : amnestyis@amnesty.org Web :http://www.amnesty.org

____________________________________________________

LE MONDE SÉLECTION HEBDOMADAIRE

Du samedi 16 décembre 2000


CONVENTION

A Palerme, les États membres des Nations Unies
s'attaquent aux mafias du monde entier

PALERME (Sicile)
de notre envoyé spéciale.

Les ors des palais baroques fraîchement rénovés, le front de mer du Foro Italico enfin rendu à la promenade après un demi-siècle de décharges puantes, les flancs des bus affichant la " bienvenue " , le soleil généreux….. La ville si souvent qualifiée de " capital de la Mafia " se dresse dans une belle volte-face de l'histoire comme le cœur de l' " anticrime ".

Les préparatifs n'ont pas été simples à réaliser. Ce fut même un pari pris par les Nations unies qui mirent la main au porte-monnaie. Mais en choisissant Palerme, l'ONU a voulu marquer " un symbole ", pour y signer la première " convention contre le crime organisé transnational " et ses mafias mondiales - anciennes, comme la Cosa Nostra sicilienne ou ses rivales traditionnelles du lointain Orient, et plus jeunes, venues de l'Est européen.

Les exigences de la sécurité ont transformé la ville en forteresse, où, sans badge, le piéton est condamné à emprunter des parcours en zigzags interminables pour arriver au domicile ou au travail. Devant le théâtre Massimo, rouvert depuis deux ans, et qui accueille la cérémonie d'ouverture, aux abords du nouveau palais de justice, et sous les porches des vingt-quatre hôtels quasiment réquisitionnés, des militaires patrouillent jour et nuit, fusils braqués. Dans le ciel vrombissent en noria sans fin les hélicoptères de la sécurité. 2800 soldats, 2500 policiers et 2500 carabiniers, 600 hommes de la Guarda di Finanza (police financière) ainsi qu'un bataillon de marins prêts à intervenir dans le port. " Palerme est blindée ", murmurent ses 700 000 habitants.

Trois jours avant l'ouverture, Pino Arlacchi, vice-secrétaire général de l'ONU et directeur exécutif du bureau de Vienne pour le contrôle des drogues et la prévention du crime, a tenu une conférence de presse en compagnie de Leoluca Orlando, le maire de Palerme (centre-gauche), son compagnon depuis deux décennies dans la lutte contre la Mafia.

" GRAND RAOUT "

" C'est un problème sicilien devenu mondial ", a assuré M. Arlacchi, alors que, pour le premier élu, la cité est devenue " la capitale de la légalité ". " La culture, a-t-il ajouté, a été notre arme de choix contre la Mafia. Claudio Abbado a dirigé ici en 1997 la Philharmonique de Berlin, Pina Bausch a dansé ici, tant d'artistes talentueux nous ont sortis de l'isolement culturel qui sert de terreau à la culture mafieuse et son emprise sur le territoire. Redevenue célèbre sur le plan mondial, Palerme a assaini ses comptes, su également se développer et attirer des investisseurs. Déjà, la fameuse agence américaine Moody's nous classe sur le plan de la fiabilité financière au même rang que Stockholm, Barcelone et San Francisco. " Sept mille emplois précaires ont été créés ces dernières années.

Devant la presse, les deux hommes se sont souvenus d'un autre rêve, celui du juge Falcone qui, peu avant son assassinat par Cosa Nostra au printemps 1992, suggérait déjà une telle convention, une mobilisation internationale contre la crime organisé étant, selon lui, la seule solution pour en venir à bout.

Mardi 12 décembre, après avoir présidé l'ouverture de la conférence avec Kofi Annan, le président de la République italienne, Carlo Azeglio Ciampi, s'est rendu à Corleone, à une soixantaine de kilomètres de Palerme. Corleone, bourgade symbole s'il en est : berceau du clan des Corleonesi, qui a dominé l'actualité sanglante jusqu'à l'arrestation, en janvier 1993, de son chef Toto Riina. Un autre capo a pris sa place, Bernado Provenzano, en cavale depuis si longtemps que les policiers doivent faire appel à la science pour trouver le moyen de réaliser un croquis plausible de son image.

A Corleone, M. Ciampi va inaugurer un " centre de documentation international sur la Mafia et le mouvement antimafia ". Le maire, Michele Cipriani (gauche), a su avec courage changer le visage de sa bourgade. L'idée de cet étrange " musée ", comme on l'appelle volontiers ici, est venue également d'un autre combattant respecté, professeur d'université en retraite, Umberto Santino.

Chez lui, à Palerme, avec sa femme, ils tiennent un autre lieu - ouvert il y a longtemps -, le Centre Giuseppe - Impastato, du nom de ce jeune syndicaliste tué en 1978 par Cosa Nostra et qui vient d'inspirer le film I Cento Passi (Les Cent Pas). Des rayonnages, pleins à craquer, d'archives soigneusement répertoriées sont ouverts aux chercheurs et spécialistes en panne d'information.

Umberto Santino exprime ses sentiments mitigés sur ce qui fait figure de " grand raout ". Certes, " cette conférence est positive en instaurant le délit d'association criminelle. A Palerme, les choses ont évolué. Mais de là à dire qu'on y a vaincu la Mafia, je ne suis pas d'accord. Je trouve cela dangereux ".

La Mafia s'est adaptée. Depuis les coups sanglants à la suite desquels furent éliminés le juge Falcone et tant de magistrats, de policiers et de carabiniers, elle préfère désormais l'infiltration des institutions et de l'économie. " Elle a toujours recherché le pouvoir, l'impunité due à sa complicité avec le pouvoir, plus encore que le profit, souligne ce érudit.

Et le mouvement qui la combat, plutôt amolli ces temps-ci, ne date pas, contrairement à ce qu'affirme Orlando, des années 1980, quand il arrive à la tête de la municipalité. Il n'acquit chez les " fasci " paysans, l'ancêtre du syndicat, dans la deuxième moitié du XIXe. "

Le maire a ses fidèles, qui ont travaillé efficacement à ses côtés " à la renaissance de Palerme " pendant les trois mandats qu'il a exercés. Parmi eux, Paolo Falcone, trente-deux ans, organisateur d'expositions d'art contemporain, et Shoba , photographe et fille de Letizia Battaglia, elle-même palermitaine et photoreporter, pionnière contre la Mafia. Aux chantiers de la Zisa, une friche industrielle rénovée de fond en comble par la municipalité, Paolo présente une soixantaine de clichés de Letizia, qui n'avait plus exposé ici depuis seize ans.

Ces images en noir et blanc racontent la vie quotidienne de la rue sicilienne et aussi les tueries de la Mafia, corps abîmés, larmes, les années noires de 1970 à 1993. " C'est le devoir de mémoire et justement en ces jours de conférence ", explique avec force Paolo Falcone.

Lui et Shoba ne cachent pas une certaine nostalgie pour ce qui a été " jusqu'à il y a deux ans le printemps de Palerme ". Depuis, selon d'autres sources concordantes, les calculs de clientélisme politique ont refait surface en ville, ralentissant l'élan des uns tout en favorisant la carrière des autres….


Danielle Rouard
(Mercredi 13 décembre)

_________________________________________________

- Le Monde -

Sélection Hebdomadaire - Samedi 9 décembre 2000


Au Chili, le général Augusto Pinochet est assigné à résidence

Le juge Juan Guzman a inculpé l'ancien dictateur pour les crimes commis par la " caravane de la mort "

Augusto Pinochet a été inculpé, vendredi 1er décembre, pour les crimes commis au Chili par la " caravane de la mort ", une unité militaire ayant exécuté sommairement 75 prisonniers politiques en octobre 1973. Le juge Guzman a estimé que le général Pinochet avait été " l'auteur intellectuel " et le " coauteur " de ces crimes, dont les trois responsables ont déjà été emprisonnés et pourraient être jugés pour " homicides ".

BUENOS AIRES

De notre correspondante régionale

L'étau judiciaire s'est refermé au Chili sur le général Augusto Pinochet, qui a été inculpé et assigné à résidence, vendredi 1er décembre, par le juge Juan Guzman pour les crimes commis par la " caravane de la mort ", une unité militaire qui sillonna le pays, exécutant sommairement soixante-quinze prisonniers politiques en octobre 1973, un mois après le coup d'État qui renversa Salvador Allende.

Dans une décision historique, le magistrat a inculpé l'ancien homme fort du Chili comme " auteur intellectuel " des crimes commis par la " caravane de la mort ". Les cadavres de dix-neuf des victimes n'ayant jamais été retrouvés, le juge Guzman a toujours fait valoir qu'il s'agissait de délits " permanents " ne pouvant pas être protégés par la loi d'amnistie imposée par le général Pinochet en 1978. Cette loi couvre les homicides commis entre 1973 et 1978. D'après le code de procédure pénale chilien, les prochaines actes du juge Guzman pourraient donc être la mise en accusation et la condamnation de celui qui instaura pendant dix-sept ans l'une des dictatures les plus implacables d'Amérique latine.

Le vieux " caudillo ", qui a fêté ses quatre-vingt-cinq ans le 25 novembre, ne se trouve pas actuellement dans sa demeure de Santiago. Fuyant la chaleur de l'été austral, le général Pinochet est parti au bord du Pacifique, dans sa résidence de Los Boldos (" les Tilleuls "), à Bucalemu (120 Kilomètres au sud-ouest de Santiago). Selon la loi chilienne, une inculpation ou un ordre de détention doivent être communiqués formellement à la personne concernée.

La décision du juge Guzman a fait l'effet d'une bombe dans les milieux judiciaires, politiques et militaires, mais les rues sont restées calmes à Santiago.

Dans la soirée, quelque deux cent cinquante personnes ont manifesté dans le centre-ville, demandant " châtiment et justice " pour les 1198 détenus disparus de la dictature (1973 - 1990). Les commandants en chef des forces armées se sont immédiatement réunis à huis clos pour analyser une situation qualifiée " d'inquiétante " par l'amiral Jorge Arancibia, commandant en chef de la marine.


L'INDÉPENDANCE DES TRIBUNAUX

Cette décision " renforce la démocratie, le pouvoir d'État et l'image internationale du Chili ", a déclaré un porte-parole du président chilien, Ricardo Lagos, qui se trouvait à Mexico pour l'investiture du nouveau président mexicain, Vicente Fox. " C'est une nouvelle assez surprenante ", a déclaré à Santiago Claudio Huepe, le secrétaire général du gouvernement. " L'important, c'est que tous les Chiliens soient égaux devant la loi ", a-t-il ajouté, demandant à la société chilienne de rester calme et de " laisser travailler la justice ".

De son côté, le secrétaire du Parti socialiste, Ricardo Nunez, a exprimé sa satisfaction devant la détermination du juge Guzman, qui démontre qu' " il est possible de faire justice au Chili ", M. Numez a exprimé l'espoir que les prochaines résolutions du magistrat continueront à refléter l'indépendance des tribunaux et non pas " l'opinion de personnes ou de partis politiques en particulier ".

" Je ne peux cacher l'incroyable émotion que je ressens en voyant un juge juste, un juge soumis aux pressions des pinochétistes, comme l'est le juge Guzman, appliquer la loi avec une stricte rigueur ", a déclaré Eduardo Contreras, l'avocat de l'accusation dans le dossier de la " caravane de la mort ". Avec cette résolution, a ajouté l'avocat, " se rompt toute une chaîne, une succession d'obstacles qui semblaient empêcher pour toujours un procès Pinochet ".

Clamant l'innocence de leur client, les avocats de la défense ont présenté, dès le lendemain, un recours visant à annuler la décision du magistrat auprès de la cour d'appel de Santiago.

Selon les avocats de l'ancien dictateur, la décision du juge Guzman est illégale, car la magistrat aurait dû au préalable interroger le général Pinochet et attendre que le vieux caudillo, âgé de quatre-vingt-cinq ans, soit soumis aux examens de santé mentale qu'exige la loi chilienne dans le cas de prévenus âgés de plus de soixante-dix ans. Les trois magistrats de la cinquième chambre de la cour d'appel devaient entamer, lundi, l'examen du recours et demanderont au juge Guzman d'exposer les raisons qui l'ont poussé à inculper et à assigner à résidence l'ancien homme fort du Chili.

Le magistrat a rappelé, dimanche 3 décembre, qu'il avait déjà procédé à un interrogatoire de l'ex-dictateur, il y a un an, par l'intermédiaire d'un questionnaire qu'il avait envoyé à Londres, où était détenu le général Pinochet sur ordre du juge espagnol Baltazar Garzon. Le juge Guzman est apparu à la porte de sa maison de Santiago où une trentaine de partisans de Pinochet étaient venus manifester leur colère. Serein, le magistrat a échangé quelques mots avec la presse.


Un grand malaise s'est emparé des militaires. Le général Ricardo lzurieta, qui a succédé au général Pinochet à la tête des forces armées en mars 1998, a demandé, samedi, que soit convoqué le Conseil de sécurité nationale (Cosena). Mais cette demande a été rejetée par le vice-président, Jose Miguel Insulza, qui assure l'intérim en l'absence du président Ricardo Lagos actuellement en visite au Mexique et qui doit rentrer au Chili mardi.

Le Cosena, qui regroupe, outre le chef de l'Etat, le ministre de la défense, le président du Sénat, le contrôleur général de la République et les chefs des trois armes et de la police militarisée des carabiniers, est chargé, selon la Constitution, de conseiller le président " face à un fait, un acte ou une matière qui affecte gravement les bases de l'organisation institutionnelle ou peut compromettre la sécurité du pays ".

De son côté, le général à la retraite Rafael Villarroel, ex-vice commandant en chef des forces armées, a déclaré que les partisans du général Pinochet étaient en " état d'alerte ". Aux termes d'un accord passé en mars dernier avec des avocats de défense des droits de l'homme, les forces armées se sont engagées à fournir des informations permettant de faire la lumière sur le sort réservé à plus d'un millier d'opposants disparus pendant la dictature (1973-1990).

La presse chilienne soulignait pourtant, ce week-end, que cet accord, devant être effectif d'ici au 6 janvier prochain, risquait de ne pas se concrétiser. Les militaires possédant des informations pourraient à présent se montrer plus réticents à les communiquer, par solidarité envers le général Pinochet, mais aussi par crainte des poursuites judiciaires pouvant découler de leurs révélations.
Christine Legrand

L'idée d'un pacte offrant l'impunité s'éloigne

L'idée d'un éventuel pacte offrant l'impunité à Pinochet était évoquée, au Chili, depuis la cérémonie de la liturgie du Pardon, le 24 novembre, dans la cathédrale de Santiago. En présence du président Lagos et des représentants des forces armées, l'Église chilienne avait demandé pardon pour ses omissions face aux violations des droits de l'homme commises au long de l'histoire du pays. Des affrontements entre la police et des anti-Pinochet avaient éclaté dans les alentours de la cathédrale. Le même jour, le général Pinochet avait envoyé un message à l'archevêque de Santiago, Mgr Francisco Javier Errazuriz, dans lequel il exprimait " sa douleur pour la souffrance qu'éprouvent et ont éprouvée beaucoup de Chiliens ".

avec l'inculpation d'Augusto Pinochet, l'idée d'un pacte semble s'éloigner. C'est " l'une des nouvelles les plus importantes que nous ayons reçue pendant toutes ces années ", a déclaré vendredi 1er décembre au Monde la présidente de l'Association des familles de détenus disparus, Viviana Diaz. -(Corresp.)

Le Juge Garzon, qui a tout déclenché en 1998, se souvient


MADRID

De notre correspondante

On ne pouvait rêver pareille coïncidence : le lendemain même de la publication du livre de l'écrivain et journaliste Pilar Urbano, Garzon : L'Homme qui voyait le jour se lever, Augusto Pinochet était inculpé, dans son propre pays, le Chili. Comment le juge madrilène, qui a tout déclenché en envoyant par Interpol un mandat d'arrêt international contre le vieux dictateur à Londres, a-t-il ressenti personnellement ces événements ? Le livre le raconte.

Le 16 octobre 1998 est un vendredi. Tout le monde est déjà parti. Seul, dans son bureau, Baltasar Garzon vient d'apprendre que l'ex-dictateur va quitter la clinique londonienne où il a été soigné, le lendemain. S'il ne se décide pas tout de suite à agir, en envoyant son mandat international, tout est fini. " Je peux faire ou ne pas le faire, s'interroge-t-il, réussir ou échouer. Mais je sais que ce que je ne peux pas faire, c'est me mentir à moi-même. C'est clair : je dois le tenter, je me connais. Si ayant à portée de la main l'opportunité historique, l'incroyable conjoncture qui fait que l'oppresseur est en dehors de son territoire et qu'il y a de solides éléments qui peuvent conduire à sa détention, je me laisse intimider et rentre la tête dans les épaules, alors je ne pourrais plus me regarder dans un miroir (..) Allez ! je me risque, sachant qu'à partir d'aujourd'hui il me faudra tout construire, tout seul (…), je me risque et j'ai le vertige. "

L'affaire Pinochet était lancée et le dictateur arrêté peu après. Presque un mois plus tard, de pressions en bataille juridique et diplomatique, Garzon semble se rendre compte que sa décision aura des conséquences sur la justice internationale qu'il n'avait peut-être pas prévues aussi amples. " 21 octobre, note-t-il cette fois dans son journal intime, je n'écris pas tout, parce que je n'ai pas le temps.


" LE PICOTEMENT DES GRANDS MOMENTS "

" Un fameux bazar que j'ai créé là ! Il y a des déclarations des politiques à tout-va ; une réaction inédite dans les médias du monde entier ; des engueulades, dans les rues, de gens agitant des pancartes à Madrid, Londres, Santiago du Chili. Pour ou contre : tout le monde se sent concerné. C'est un moment délicat, incertain… "

Le 27 octobre, confiant, il ajoute : " Mon initiative a l'air de prendre. Nous ne sommes plus seuls. Tout cela, c'est de la justice : il faut qu'elle ait lieu. Tous, nous avons ouvert des dossiers à charge. " Le lendemain, première grande victoire, malgré le parquet de l'Audience nationale, la plus haute juridiction pénale, dont dépend Baltasar Garzon, d'abord opposé, la justice espagnole se déclare compétente contre Augusto Pinochet.

Suivent plus de cinq cents jours d'arguties juridiques, jusqu'à ce que, pour motifs humanitaires, au vu d'un examen médical très contesté, le ministre de l'intérieur britannique, Jack Straw, décide de laisser l'ex-dictateur retourner dans son pays. Le juge Garzon semble alors à voir perdu la bataille, une bataille dans laquelle il conteste aussi " la bonne foi " de certains procureurs espagnols et estime qu'à l'occasion José Maria Aznar, chef du gouvernement espagnol, a " tergiversé ".

Le moment le plus fort de toute cette période reste son arrivée à la Chambre des lords, en janvier 1999, lors de la décision sur la levée de l'immunité de Pinochet. " C'est plein de journalistes, se souvient-il, je ressens le picotement des grands moments, la sensation de vivre quelque chose qui, en cet instant même, est déjà de l'histoire, un souvenir, un cadre avec un dessin lointain dont je fais partie. Tout, jusqu'aux petits détails, un parapluie ouvert, les marches d'escalier, les plinthes de bois de la salle de justice, tout fait partie d'une scène qui me dépasse mais m'inclut aussi, pour toujours. "

Maria - Claude Decamps.

(Lundi 4 décembre)

------------------------------------------------------- Sommaire ---------------------------------------------------------