LIGUE
DJIBOUTIENNE DES DROITS HUMAINS
L.D.D.H
Le Président NOEL ABDI Jean Paul
Diffusion d'Information n° 4/LDDH/00 du 23 août
2000.
Affaire
Pinochet
ou le début de la fin
de l'impunité des hommes des régimes dictatoriaux.
Dans l'unique
objectif de faire évoluer les mentalités et les réactions
de peur face à la dictature en générale et afin
de participer à l'Information et à Formation en matière
des droits de l'homme, la LDDH publie dans cette diffusion des extraits
de la sélection hebdomadaire du 19 août 2000 du journal
Le Monde " Edition Internationale ", sur l'Affaire du général
Pinochet qui va être jugé dans son propre pays le Chili.
La LDDH se félicite
et remercie toute l'équipe du Journal Le Monde, qui vient de
nous offrir une année d'abonnement gratuit.
AUGUSTO PINOCHET,
qui fut l'un des plus implacables dictateurs latino-américains,
va devoir rendre des comptes à la justice de son pays. Dans un
jugement historique, rendu public mardi 8 août, la Cour suprême
du Chili a confirmé la décision qui avait été
prise début juin par une Cour d'appel de Santiago de lever l'immunité
parlementaire du général Pinochet, auteur d'un coup d'Etat
contre le président socialiste Salvador Allende en 1973 et devenu
sénateur à vie en 1977. Par 14 voix contre 6, la Cour
a estime qu'il existait des " soupçons fondés "
permettant de poursuivre l'ex-dictateur pour avoir ordonné les
crimes de la Caravane de la mort, un commando militaire qui avait sillonné
le Chili en octobre 1973 et exécuté 74 opposants politiques.
Le Monde publie
les principaux extraits des attendus de la Cour suprême. Une heure
après l'annonce de la décision, l'actuel commandant en
chef des forces armées, Ricardo Izurieta, s'est rendu au domicile
du général Pinochet à Santiago pour l'assurer du
soutien de la hiérarchie militaire " dans ce moment difficile
pour
lui ". Le verdict a été accueilli par une explosion
de joie dans le centre de Santiago où les familles des victimes
de la dictature s'étaient réunies. De Paris à Washington,
un concert de satisfecit a également accueilli la décision
de la Cour. Les Défenseurs des droits de l'homme saluent une
décision qui, en remettant en cause l'immunité des chefs
d'Etats, ouvre des perpectives nouvelles pour la justice internationale.
Le sort du sénateur
déchu est désormais entre les mains du juge Juan Guzman,
chargé d'instruire les 157 plaintes déposées contre
lui au Chili. Le magistrat a indiqué qu'il demanderait à
ce que Augusto Pinochet soit soumis à des examens médicaux,
comme l'exige la législation chilienne dans le cas d'inculpés
âgés de plus de soixante-dix ans. La justice chilienne
ne retient pas les motifs humanitaires pour exempter de poursuites un
accusé.
Vingt-sept ans
après le coup d'Etat militaire qui renversa Salvador Allende,
le général Augusto Pinochet, qui est âgé
de quatre-vingt- quatre ans, pourra être jugé au Chili
pour des crimes commis pendant son régime militaire (1973 - 1990),
qui a fait plus de 3000 morts et disparus.
La Cour suprême
de justice du Chili a annoncé officiellement, mardi 8 août
à Santiago, sa décision de lever l'immunité parlementaire
du sénateur à vie, qui le protégeait jusqu'à
présent de toute poursuite judiciaire. C'est par une nette majorité
-14 voix contre 6 - que les 20 juges de la plus haute instance juridique
du pays ont rendu leur verdict, qui est sans appel.
Le sort de l'ex-président
de facto, ex-commandant en chef de l'armée et sénateur
déchu, est désormais entre les mains du juge Juan Guzman,
chargé d'instruire les 157 plaintes déposées au
Chili contre lui (lire ci-dessous).
" SOUPCONS
FONDES "
Au sein du gouvernement
de la Concertation, au pouvoir (regroupant socialistes et démocrates
chrétiens), de nombreux dirigeants politiques ont exprimé
leur satisfaction. " C'est un pas important pour réaffirmer
au Chili devant la communauté internationale que tous les citoyens
sont égaux devant la justice ", a déclaré
le président du Parti socialiste, Ricardo Nunez. Le Président
de la Démocratie-chrétienne , Ricardo Hormazabal, a lui
aussi souligné "qu'aucun citoyen n'était au-desssus
de la loi ", ajoutant que " la justice chilienne avait démontré
qu'elle agissait de façon indépendante ". Le président
Lagos n'a fait aucun commentaire sur le verdict, mais a demandé
aux détracteurs de Pinochet de réagir " avec modération
" et à ses partisans " de respecter les décisions
des tribunaux ".
Ce verdict,
dont les fondements sont expliqués dans un volumineux document
de 102 pages (lire les principaux extraits), confirme celui rendu en
première instance par la Cour d'appel de Santiago, qui avait
décidé, le 23 mai, par 13 voix contre 9, de lever l'immunité
du général Pinochet, acquise en mars 1998 quand il était
devenu
sénateur à vie après avoir quitté le commandement
en chef de l'armée, qu'il exerça pendant vingt-cinq ans.
Le juge Guzman
avait sollicité cette mesure le 6 mars. Le magistrat avait fondé
sa demande sur les seules plaintes concernant la Caravane de la mort,
une unité militaire qui avait sillonné le Chili, en octobre
1973, un mois après le coup d'Etat, fusillant sans procès
72 prisonniers politiques. Les cadavres de dix-neuf des victimes n'ayant
jamais été retrouvés, le juge Guzman avait fait
valoir qu'il s'agissait de délits "permanents ", ne
pouvant pas être protégés par la Loi d'amnistie
imposée
par le général Pinochet en 1978. Cette Loi couvre les
homicides commis entre 1973 et 1978.
Dans son verdict,
la Cour suprême a déterminé qu'il existait des "
soupçons fondés " permettant de démontrer
que le général pouvait avoir ordonné les crimes
de la Caravane de la mort.
Un spectaculaire
précédent en matière de diplomatie et de droit
international.
" Pinochet ne sera jamais jugé au Chili ", avaient
prédit les mauvais augures en mars, lorsque le gouvernement britannique
décida de laisser le vieux dictateur rentrer dans son pays. Les
militants des droits de l'homme ressentaient la décision de Londres
comme un mauvais coup porté à leur combat. Les sceptiques
y voyaient la confirmation qu'on s'était fait des illusions sur
l'avènement d'une justice internationale et que la politique
reprenait ses droits. Les uns et les autres avaient tort. Sauf à
être déclaré mentalement inapte, Pinochet va être
jugé au Chili.
La levée
de l'immunité dont l'ancien chef de la junte avait cru s'assurer
à vie est, d'abord, une décision historique pour ce pays,
qui entre dans une ère nouvelle. Le Chili met en accusation le
régime instauré à la faveur du coup d'Etat de 1973,
dont l'ombre pesait encore sur les institutions et sur les esprits près
de trente années plus tard. La décision de la Cour suprême
ébranle la Constitution conçue par Pinochet et transgresse
la loi d'amnistie qu'il avait fait voter en 1978. Cette décision
est aussi une très bonne nouvelle pour qui prône une justice
sans frontières. Précisément parce qu'elle émane
d'une juridiction chiliennne, elle est une édifiante illustration
de ce que peut accomplir la coopération internationale en la
matière : aider une société à lever les
tabous et à se libérer d'une période sombre de
son histoire. L'arrestation de Pinochet à Londres, les poursuites
intentées contre lui depuis l'étranger ont permis aux
juges chiliens de s'attaquer à l'inattaquable et converti jusqu'au
sommet les institutions judiciaires. Cela s'est fait sans heurts majeurs
; le Chili n'est pas aujourd'hui à feu et à sang.
Les esprits
chagrins qui, en mars, avaient dénoncé la " trahison
" de Londres doivent s'interroger sur le scénario qu'à
l'époque ils préconisaient. Extradé vers l'Espagne,
Pinochet n'aurait été jugé que pour une infine
partie des responsabilités qui lui sont imputées aujourd'hui
au Chili. Surtout, le fait qu'il y aurait été jugé
par un tribunal étranger heurtait de nombreux démocrates
chiliens qui l'aurait vécu comme une humiliante frustration.
Cette perspective risque de faire perdre à Ricardo Lagos le deuxième
tour de l'élection présidentielle. Elle risquait de stopper
dans leur courageux élan les juges chiliens instruisant les plaintes
des victimes de Pinochet.
C 'est, il est
vrai, une décision de pure politique qu'a prise le gouvernement
de Londres en mars, après avoir pendant quinze mois honnêtement
respecté la règle de l'indépendance judiciaire;
mais ce n'est pas ce que la politique a fait de moins intelligent.
La démonstration
qu'entendaient faire les militants des droits de l'homme à propos
de Pinochet avait pour l'essentiel déjà eu lieu. A chacune
de ses étapes, cette longue saga judiciaire constitue en effet
un spectaculaire précédent en matière de diplomatie
et de droit international.
CONVENTION SUR LA TORTURE
Tout a commencé
par l'ambition d'un juge madrilène, Baltasar Garzon qui décide
de braver le réalisme et les convenances diplomatiques et lance
un mandat d'arrêt international contre Pinochet. Ce juge a tapé
dans le mille : l'heure est en effet à la lutte contre l'impunité.
Cent vingt gouvernements viennent de décider, trois mois plus
tôt, la création d'une Cour pénale internationale
pour juger les grandes crimes contre l'humanité, et le gouvernement
de Tony Blair se flatte d'avoir été en pointe dans la
négociation. Pinochet, de surcroît, n'est plus directement
aux commandes au
Chili, et le " coût politique " de son arrestation peut
paraître relativement modéré en regard de la détestation
populaire qu'il inspire encore et de la satisfaction que ses mésaventures
suscitent de par le monde.
Tony Blair va donc laisser la justice suivre son cours jusqu'en mars.
Mises à part quelques discrètes manuvre du gouvernement
espagnol (le plus embarrasé dans l'affaire), tous les dirigeants
occidentaux lui emboîteront le pas, cautionnant ainsi l'initiative
du juge Garzon contre une personnalité politique ètrangère,
qui rompt avec tous les usages diplomatiques en vigueur. En France,
et dans d'autres pays européens où des plaintes ont été
déposées par les familles de victimes de Pinochet, les
autorités transmettront avec zèle leurs propres demandes
d'extradition à la Grande-Bretagne.
Le juge madrilène
s'appuie dans sa démarches sur certain de ces instruments juridiques
internationaux qui font la fierté des diplomates qui les ont
négociés, mais qui ne sont jamais utilisés. C'était
le cas de la convention de 1984 sur la torture qui fait obligation aux
Etats signataires de poursuivre sur leur territoire tout responsable
de ces mauvais traitements, quelle que soit sa nationalité, celle
de ses victimes, et quel que soit le pays dans lequel il a sévi.
Même si diverses tentatives d'utiliser ce texte contre d'autres
ont tourné court (contre Hissène Habré au Sénégal,
contre des officiers mauritaniens en France), il constitue désormais
une vraie menace pénale pour bien des tortionnaires.
LA
PERMANENCE DU DELIT
Deux autres
étapes majeures ont été franchies d'un point de
vue juridique. Les Lords britanniques ont porté, dans leur première
décision du 25 novembre 1998, un coup décisif au principe
de l'immunité des chefs d'Etat. Cette immunité, ont-ils
dit en substance, ne saurait couvrir des actes criminels qui ne relèvent
pas de la fonction de chef d'Etat. Autrement dit, l'immunité
que la plupart des pays reconnaissent aux chefs d'Etat en exercice ne
peut plus guère, après ce jugement des
Lords, se justifier en droit, mais seulement en vertu d'un principe
d'opportunité politique.
Un autre grand
mérite de l'affaire Pinochet est d'avoir imposé l'idée
de la " permanence du délit " à propos des disparitions,
tant que les corps des disparus n'ont pas été retrouvés.
Les disparitions n'étaient pas jusque-là considérèes
comme un crime imprescriptible, et Pinochet aurait pu être pénalement
quitte de celles qu'il a orchestrées au lendemain du coup d'Etat.
C'est l'argumentaire sur la permanence su délit qui a permis
de franchir au Chili le barrage de la loi d'amnistie. Le juge Guzman,
qui va inculper Pinochet pour la sinistrement célèbre
" caravane de la mort ", doit sur ce point beaucoup à
une coopération venu de France, dans le cadre des poursuites
intentées au nom de familles de disparus franco-chiliens.
On sent là
l'énorme retentissement que peut avoir l'affaire Pinochet dans
tout le continent sud-américain, où la disparition des
opposants politiques fut pendant longtemps une méthode de gouvernement.
Le Paraguay a récemment ouvert les archives dont il dispose sur
le " plan Condor ", cette entente entre dictateurs du cône
Sud pour éliminer ceux qui, traqués dans un pays, croyaient
avoir trouvés refuge dans le pays voisin. Les lois d'amnistie
se fissurent en Argentine. Le temps n'a pas raison si vite du besoin
de justice, encore moins de ce lui de vérité.
LES ONG APPELLENT A POURSUIVRE
D'AUTRES DICTATEURS
" NOUS DEDIONS ce moment d'émotion aux défenseurs
des droits de l'homme au Chili et dans le monde ", a déclaré
mardi 8 août, à l'annonce de la décision de la Cour
suprême de Santiago, l'avocat chilien Eduardo Contreras, défenseur
des proches de victimes de la dictature, tandis que, dans divers pays,
les organisations de défense des droits de l'homme rendaient
hommage à la justice chilienne et saluaient l'événement
comme une victoire dans la lutte qu'elles mènent, au niveau international,
contre l'impunité.
Plusieurs de
ces ONG, parmi lesquelles la Fédération internationale
des droits de l'homme (FIDH) et Human Rights Watch, s'efforcent depuis
quelques années de mettre à profit les instruments existants
dans le droit international pour traquer de par le monde les responsables
de violations graves des droits de l'homme. Elles aident les victimes
ou leurs proches à engager des poursuites dans les pays où
elles se trouvent, comme l'a fait le juge Garzon contre Pinochet en
Espagne.
INSTRUMENTS JURIDIQUES
Certaines de
ces démarches ont abouti ces dernières années,
notamment en Belgique et en Suisse contre deux Rwandais accusés
d'avoir participé au génocide, en Allemagne contre un
Serbe de Bosnie. En France, le prêtre rwandais Wenceslas Munyeshyaka
fait l'objet de poursuites pour génocide et crimes contre l'humanité.
L'officier mauritanien
Ely Ould Dah, qui avait été mis en examen à Montpellier
pour tortures, a été mis en liberté provisoire
et s'est enfui. Au Sénégal, une procédure avait
été engagée en février contre l'ancien président
tchadien Hissène Habré, en exil à Dakar, mais elle
a été récemment interrompue.
Dans une brouchure
intitulée le Cas Pinochet, un signal de réveil pour les
tyrans comme pour les victimes, Human Rights Watch décrit les
instruments juridiques dont peuvent se servir les victimes et les associations
qui les soutiennent pour engager des poursuites contre les bourreaux
et les tortionnaires (www.hrw.org/campaigns/chile98/precedent.htm).
L'organisation dresse la liste suivante d'anciens dirigeants responsables
de crimes graves qui vivent hors de leur pays : Idi Amin Dada, ancien
président ougandais, qui vit en Arabie saoudite ; Milton Obote,
ancien président ougandais, qui vit en Zambie ; Menguisto Hailé
Mariam, ancien chef d'Etat éthiopien, exilé au Zimbabwe
; les généraux haitiens Raoul
Cedras et Philippe Biamby, qui ont trouvé refuge au Panama ;
Emmanuel " Toto " Constant, chef de milice en Haiti, qui vit
à New York ; Alfrd Stroessner, ancien président paraguayen
réfugié au Brésil ; Jean Claude Duvalier, ancien
président haitien, qui vit en France.
" L'idéal
est que les criminels soient jugés par un tribunal de leur propre
pays. Les crimes sont plus faciles à prouver dans le pays où
ils ont été commis ", écrit l'organisation,
qui note que cela n'est souvent pas possible, contrairement à
ce qui se passe aujourd'hui au Chili.
La Ligue
djiboutienne partage les moments d'émotion de tous les Défenseurs
des droits de l'Homme et s'engage de poursuivre à uvrer
par ses modestes contributions auprès de la FIDH afin d'aider
les victimes ou leurs proches à engager des poursuites et de
dénoncer toutes les formes de tortures et de persécutions.
Il existe actuellement
à Djibouti, une nouvelle autre forme de torture à savoir
: la torture par privation des salaires des travailleurs de l'Etat.
Un jour ou l'autre,
il faudra bien qu'un jour les djiboutiens décident de s'asseoir
à une même table et avec lucidité, sérénité
mais surtout avec franchise discutent pour mettre fin à l'impunité.
Il y va de l'avenir de notre pays.
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