LIGUE
DJIBOUTlENNE DES DROITS HUMAINS
(LDDH)
21/04
: Note d'information N°7/LDDH/2000
QUELLE
ANALYSE PEUT-ON TIRER DE L'ACCORD CADRE ?
I- INTRODUCTION
L'accord-cadre du
7 février 2000 signé entre le FRUD et le Gouvernement de Djibouti
stipule explicitement dans son article trois relatifs à la démocratie
:
" Qu'il n'y
a pas de république viable sans démocratie, ni démocratie
sans équilibre des pouvoirs, pluralité de l'opinion, liberté
d'en faire état et droit d'agir pour les faire valoir ".
Cet article bien
que " transcris " généralement dans les dispositions
constitutionnelles de 1992 mérite d'être discuté à
mains égards car il reflète, au fond, l'état de fonctionnement
de nos institutions, l'exigence de l'application de la loi fondamentale
garantissant entre autres la Séparation des Pouvoirs, et en particulier
l'indépendance d'une Justice réellement déconnectée
du Joug de l'Exécutif. Or, dans la pratique, le résultat escompté
est loin d'être atteint si l'on se réfère à la
litanie des abus perpétrés encore par le système politico-judiciare
inhérents au non-respect de la dite disposition :
Il est source des difficultés auxquelles est confronté aujourd'hui
le pays. Crise multiforme : institutionnelle politique, économique
et sociale.
II- DU PRÉAMBULE
Au vu des paragraphes
6 et 7 on constaterait qu'il s'agit là de la principale argumentation
qui pose une fine analyse politique pour deux raisons :
1) Le pouvoir issu de l'élection Présidentielle du 9 avril
dernier reconnaît tacitement et sans détour que pendant les
22 ans précédents, le peuple de Djibouti a souffert et a fait
d'énormes sacrifices. Ce qui revient à dire qu'il s'agissait
d'un régime du type dictatorial.
2) En contrepartie, le FRUD dirigé par le Président Ahmed
Dini Ahmed reconnaît le pouvoir en place issu de la dernière
élection présidentielle du 9 avril 1999.
Partant de là,
cette reconnaissance mutuelle bien que relativement différente dans
son appréciation et dans sa portée politique devient la base
de départ pour la restauration de la Paix civile et de la concorde
nationale dans un pays démocratique, respectant la dignité
de la personne humaine, et garantissant l'épanouissement de l'Homme,
fondement de tout progrès économique et social par :
· La réforme des institutions de l'État
· Une gestion saine des affaires publiques
· Une transparence dans les actions de l'État
DES POINTS OBJETS
DE L'ACCORD CADRE
Ils portent essentiellement
sur 2 (deux) volets :
1) Le volet militaire
2) Le volet institutionnel
LE VOLET MILITAIRE
Portant sur l'arrêt
des hostilités, il pose les conditions indispensables à un
retour à la paix civile et à la libre circulation des biens
et des personnes. La garantie sécuritaire adossée à
l'indemnisation des victimes du conflit, à la réparation des
préjudices causés par la guerre, et enfin à l'insertion
professionnelle des combattants armés ou civils.
III- LE VOLET INSTITUTIONNEL
Ce volet dont le
socle est la mise en place une Démocratie effective, laquelle trouve
sa pérennité dans l'équilibre des pouvoirs, à
la pluralité de l'opinion, etc
, nécessite, bien entendu
des réformes institutionnelles. Ces réformes tout en réaménageant
les grands équilibres démocratiques doivent dégager
et garantir une véritable décentralisation donnant aux régions
une large autonomie et une participation active et responsable au développement
de la Nation. De plus tout développement repose sur la transparence
dans les actions de l'État et notamment la gestion saine des affaires
publiques d'où un contrôle en amont comme en aval fait par
une Cour des Comptes à mettre en place (du moins à mettre
en application).
Les obstructions
et autres entraves diligentées par le pouvoir en place contre les
organisations politiques et organisations syndicales ont toujours constitué
une entorse au " processus démocratique ". Une constante
de ces pratiques demeure être l'inéligibilité qui frappe
encore sur le plan politique, les leaders de l'Opposition et au grand dam
de l'Indépendance de la Justice et ce en dépit de la liberté
d'expression, d'entreprise, d'association, le droit de grève etc
L'instauration d'une
Justice impartiale et indépendante désintéressée
de " toutes influences extérieures " et veillant à
l'application stricto sensu des lois et règlements en vigueur permettra,
de baliser sans équivoque à ces méandres politico-judiciare
frappant encore les citoyens et les hommes politiques dans l'exercice de
leur citoyenneté pleinement consentie.
Aussi l'évocation
de la problématique par les deux parties suppose déjà
une prise de conscience et une responsabilité engagée. Par
conséquent, elle doit et elle ouvre une perspective nouvelle et courageuse
pour la Nation tout entière.
IV- UN RÉSUME
DES ARTICLES DE L'ACCORD CADRE
Article 1er :
Toutes les victimes du conflit doivent bénéficier des réparations
et des indemnisations dans les mêmes conditions.
Article 2 : Autonomie
régionale
Les diverses régions bénéficieront d'une large autonomie
par la réforme instituant une véritable décentralisation.
Article 3 : Réforme
démocratique
1) Réaménagement de grands équilibres démocratiques
par des dispositions légales et un multipartisme plus satisfaisant
sont conditionnés par des libertés d'associations, d'opinion,
d'expression, de réunion, de presse.
2) Limite chaque pouvoir, dans l'exercice de ses fonctions par des institutions
démocratiques républicaines qui résultent d'un véritable
consensus national fondé sur l'équité d'un équilibre
national.
Article 4 :
Mettre fin à l'opacité de la gestion des deniers publics :
lutter contre la corruption généralisée par la mise
en place d'une cour de comptes.
Article 5 :
Nécessité de mettre en place une paix civile et la sécurité
par :
- Mise en place des réformes garantissant la cohésion nationale
et la préservation du patrimoine nationale commun.
- Réintégration des militaires dans leurs positions postérieures
au conflit.
- Suspension des hostilités
- Libération mutuelle des prisonniers des deux camps ;
- Réintégration de tous les membres du FRUD dans leur fonction
occupée avant la guerre.
Article 6 :
Application honnête, intégrale et conjointe du contenu de toutes
autres mesures entreprises ou en rapport avec ses objectifs.
Questions subsidiaires
Actuellement, on
peut considérer que ces deux points sont résolus à
savoir : la suspension des hostilités et la libération des
prisonniers civils et militaires par les deux parties.
Au
vu de cet accord cadre, les cinq premiers articles fixent les grandes orientations
des discussions et des négociations. Mais la question fondamentale,
que l'on est en droit de se poser est : " est-ce que le Gouvernement
et le FRUD mèneront à eux deux et à huis clos toutes
le négociations et décideront seuls des réformes et
de la gestion de la chose publique ? "
Est-ce que les négociations
seront des négociations à deux avec tous les risques du dialogue,
au lieu des négociations globales ?
Il
est facile de comprendre que dans une première phase, des négociations
préalables, afin d'approfondir des points spécifiques, se
déroulent uniquement entre le FRUD et le Gouvernement, mais, il serait
difficile de comprendre que l'ensemble de l'opposition djiboutienne qui
n'a pas pris les armes soit écarté des discussions, il serait
aussi difficile de comprendre sur l'ensemble des négociations se
passent à huis clos sans transparence aucune et débouche sur
des décisions brutales et finales.
V- COMMENT SE DÉROULENT
LES NÉGOCIATIONS DEPUIS LE RETOUR d'Ahmed Dini ?
1) Faits positifs
a) Présentation
des condoléances au président de la République lors
du décès de son père par une délégation
unifiée de toute l'opposition djiboutienne conduite par le président
Ahmed Dini.
b) Début des négociations par la rencontre de deux commissions
Ad Hoc pour la désignation de 4 commissions co-présidées.
c) Répartition de différents points de l'accord entre les
4 commissions désignées et début de travaux.
2) Les observations
a) Pour le choix
du président de la délégation gouvernementale, il serait
plus souhaitable que la conduite des négociations soit confiée
du côté gouvernemental, à " la primauté
" entourée de certains ministres et des techniciens en charge
des dossiers. A cet égard, la présence des députés,
en particulier celle d'un président de l'Assemblée Nationale
(lors des " négociations " de 1994) et actuellement du
président de la commission permanente de l'Assemblée Nationale
est inadmissible et contraire à l'article 20 de la Constitution sur
la Séparation des Pouvoirs (il ne faut pas confondre le Gouvernement
et l'Assemblée Nationale et plus exactement le Pouvoir exécutif
et le Pouvoir législatif).
b) Lors des déclarations successives des chefs des délégations,
il est à noter, malheureusement l'emploi des termes dévalorisants,
par le chef de la délégation gouvernementale (dans le journal
télévisé en langue somali).
c) Partialité de l'organe officiel de la presse écrite : le
Journal " La Nation " qui n'a pas, jusqu'à présent,
publié le droit de réponse de l'autre partie, en l'occurrence
celui du président de la délégation du FRUD.
d) Sur la disparité des libérations des prisonniers politiques
la LDDH n'avait pas manqué de dénoncer les risques de dérapage
et de faire des propositions concrètes, notamment la révision
des procès.
VI- CONCLUSION GENERALE
La ligue djiboutienne
des Droits Humains est convaincue de la nécessité d'une paix
globale qui s'ouvre avec des accords entérinés par les signataires
du Document Cadre et veillera scrupuleusement aux modalités d'application
des dispositions prises en vue d'accompagner la fin de l'état de
belligérance et le retour à la cohésion et la concorde
civile.
La LDDH est consciente
et soucieuse des difficultés et des embûches qui peuvent à
chaque fois surgir. La Ligue déclare qu'à chaque fois, dans
la mesure de ses moyens, elle sera toujours présente pour accompagner
la Paix tant espérée.
La LDDH demande au
Gouvernement de faire plus d'efforts durant les négociations vers
une politique d'ouverture démocratique et surtout vers la réalité
d'une Justice indépendante.
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