L.D.D.H.
Ligue Djiboutienne des Droits humains

Le Président NOËL ABDI Jean Paul
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LIGUE DJIBOUTIENNE DES DROITS HUMAINS
L.D.D.H
Le Président NOEL ABDI Jean Paul

NOTE D'INFORMATION N° 17/LDDH/2000

Pourquoi le Gouvernement harcèle-t-il avec acharnement M. Moumin Bahdon ?

Un cas de l'absurde logique, celle de la dictature

Portrait de M. Moumin Bahdon Farah
Propos recueillis par la LDDH


Après le départ d'Ali Aref Bourhan, Président du Conseil de Gouvernement, la direction du Parti la LIGUE POPULAIRE AFRICAINE pour l' INDEPENDANCE (LPAI) dont j'étais le vice - Président, m'avait désigné pour assurer le portefeuille de ministre de l'Intérieur, des Postes et Télécommunications le 29 juillet 1976 dans le gouvernement de transition formé par M. Abdallah Mohamed Kamil.
Cette désignation était due uniquement à ma parfaite connaissance de l'Administration et j'avais une mission précise mais combien difficile et complexe puisqu'une bonne partie de mes prérogatives était encore dans les mains du Haut Commissaire chef du Territoire.
Cette mission était : la préparation du Référendum sur l'Indépendance du pays et les élections de l'Assemblée Constituante, celui de les réaliser dans la paix et la stabilité ; alors qu'une bonne partie de la population du Nord était hostile. D'ailleurs une majorité de jeunes de cette ethnie devrait quitter le pays vers la région voisine Afar de l'Ethiopie et former le MPL.
Dieu merci de m'avoir aidé à accomplir cette noble mission le 8 mai 1977 à la satisfaction totale de toutes les parties concernées, et celle d'avoir réussi à concilier la concorde, la stabilité politique et les intérêts des djiboutiens tout en favorisant l'amitié avec la France, qui d'ailleurs devait nous assister à combler le manque de technicité.

C'est ainsi que l'Indépendance est proclamée le 27 juin 1977 à 00h00.

Dans la nouvelle équipe gouvernementale, qui a été constituée, j'ai conservée même poste afin d'organiser le ministère et l'adapter aux réalités d'un Etat indépendant et de contenir, toutes les structures nécessaires à un département aussi important, digne du nom de Ministère de l'Intérieure.

Je précise que j'avais créé une nouvelle réorganisation pour ce qui concerne l'Office des Postes et Télécommunications " La Société des Télécommunications Internationales de Djibouti " en cédant 25 % de son capital à une Société française et dont les biens faits de ce secteur vital de l'économie des services puissent se développer rapidement.

Le 2 octobre 1978, j'étais appelé à la charge du ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération, qui en vérité avait besoin d'un véritable remodelage .
La Planification, qui était rattachée à la Présidence, avait élaboré la première Loi d'Orientation Economique du pays. Le gouvernement décida en1981 d'organiser une Conférence des donateurs qui se tiendrait vers avril 1982 et confia cette préparation au département de la Planification de la présidence.

A l'approche de la date fixée, le gouvernement a constaté que rien n'a été préparé, par la suite de ce constat, le gouvernement a demandé au Président de la République de confier la préparation et l'organisation au Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération en lui accordant un délai d'un an.

J'ai réuni à plusieurs reprises l'ensemble du personnel de mon département ministériel et celui de la planification. Après avoir abouti à un accord commun sur les objectifs a atteindre, nous nous sommes mis à l'œuvre.

Trois mois avant le délai qui m'était imparti, j'ai présenté l'ensemble des documents et le rapport final que nous devrions présenter devant les bailleurs de fonds et aux différents gouvernements sollicités. Après une semaine d'études le gouvernement adopta et fixa la date de la tenue au 23 avril 1983, cette période de trois mois, me permettait de lancer les invitations, de sensibiliser et de procéder à l'organisation matérielle.

La Conférence des Donateurs s'est tenue à Djibouti avec la participation de tous les invités, et elle a été un vrai succès.

L'année suivante, nous avons connu une importante aide due aux résultats de la Conférence des donateurs mais parallèlement la corruption prenait les pas.

Et pour faire face à cette maladie, j'avais dénoncé publiquement et devant l'Assemblée Nationale réunie en séance plénière la corruption en 1986, fort applaudi par les députés; mais il faut reconnaître que ma prise de position avait mécontenté bon nombre des membres du gouvernement et surtout, le Premier Ministre, le Président de la République et son Cabinet en me reprochant, que mon intervention était belle et bien déplacée et c'est par là que commerça une lutte intense et sans nom.

La sous région avait connu une sécheresse dans les années 1984-85-86, pour faire face, l'Assemblée générale des Nations Unies avait adopté sur proposition des pays de la sous région une Résolution afin de créer une Organisation comme celle créée par les pays du Sahel.

Lors de l'Assemblée générale de 1986, j'ai effectué des démarches auprès de mes collègues des pays de la sous région : Ethiopie - Kenya - Ouganda - Somalie - Soudan pour que le siège de cette organisation soit à Djibouti, ce qui fut le cas.

Le département des Affaires Etrangères et de Coopération s'est mis au travail pour préparer un projet de Statut ainsi que l'objectif de cette nouvelle organisation sous régionale.

Le cabinet du Président était défavorable aux dépenses que Djibouti devait engager afin de lancer une invitation aux pays membres, aux niveaux des experts, des ministres et des chefs d'Etats ou Gouvernement. La tenue des réunions a eu lieu et l'ensemble des Chefs d'Etats ou de Gouvernement ont pris part au Sommet et adoptèrent solennellement le document créant l'IGAD.

Pour la première fois, l'image de Djibouti et de son Chef d'Etat fut apprécié par la communauté internationale et régionale.


Malgré la position négative de la Présidence à faire face à la corruption galopante, j'ai continué à dénoncer à chaque occasion devant l'Assemblée Nationale et les congrès du Parti au pouvoir en ma qualité de Secrétaire général jusqu'au jour ou le Président de la République est sorti de sa réserve en 1992 pour me répondre et dire ce qui suit " Les critiques du Secrétaire général sur la corruption ne sont pas justifiées car on détourne chez nous quelques millions alors qu'on détourne en Europe des milliards. "

La situation financière du pays devenant critique le pays fait appel au Fond Monétaire International en 1994. Le retard de salaire, la réduction des salaires, les propositions de Loi, puis les grèves et enfin la répression policière ont remplacé le havre de paix que connaissait Djibouti.

En tant que Ministre de la Justice, j'ai présenté à l'Assemblée Nationale des Textes juridiques d'une grande importance et rendus nécessaire par les dispositions de la nouvelle Constitution tels que : le Code Pénale, le Code de Procédure Pénale, réorganisation, la Loi Organique sur le Statut des Magistrats (cette Loi Organique après son adoption par les membres de l'Assemblée Nationale n'a pas été promulguée par le Chef de l'Etat, conditionnant ainsi les juges à rester dans la soumission la plus totale).

En février 1995 alors que je me trouvais au ministère de la Justice, la police se permet à 3h00 du matin d'arrêter à leur domicile, la direction du syndicat des enseignants aux nombres de 13 personnes. Trois jours plus tard, le Premier Ministre me demande de juger ces enseignants sévèrement.

Contrairement à cette demande, j'ai décidé qu'on applique strictement la Loi. Celle ci a donné raison aux Détenus qui sont immédiatement relâchés, et j'ai alors adressé une lettre au Ministère de l'Intérieur pour qu'il inflige des sanctions aux policiers qui ont violés les domiciles de ces enseignants.

Ainsi l'escalade à mon égard a commencé jusqu'à mon éviction du gouvernement en mars 1996 puis ma condamnation, le 7 août 1996 avec six mois de prison ferme et cinq ans de privations des droits civiques, suivis d'un contrôle avec toutes les techniques policières ; surveillance de ma résidence, écoutes téléphoniques, filiations etc…et ceci depuis ma sortie de la prison y compris le refus des soins médicaux à l'étranger avec la confiscation arbitraire de mon passeport par les autorités.

Pire encore, et avec des procès fallacieux, je suis régulièrement traîné devant les officiers de la Police judiciaire, le Parquet, pour être ensuite et à chaque fois condamné à des peinés de prison avec sursis.

II. Observation :

Nous avons l'impression, que la continuité des actes de rétorsions et de persécutions s'incruste encore et davantage dans l'absurde de la logique : celle de la dictature. Plus d'un an après le départ de l'ancien chef de Gouvernement, les mêmes méthodes de rétorsions et de percutions persistent, et continuent.

III.Repères chronologiques des procès politiques
Intentés contre M. Moumin Bahdon

A l'encontre de l'ancien Ministre et parlementaire M.Moumin Bahdon Farah, Président du (GDR) Groupe pour la Démocratie et République et membre du Haut Conseil de l'Opposition Djiboutienne Unifié (ODU).

22 Avril 1996 Officialisation de la création du Groupe pour la Démocratie et la République (GDR).


12 Mai 1996 Trois magistrats du siège sont écartés brutalement de la magistrature en violation aux articles 71,72,73, de la Constitution.

22 Mai 1996 Exclusion du Parti RPP par simple note du Président GOULED de cinq membres influents du Parti R.P.P. dont Moumin Bahdon Secrétaire Général fondateur du R.P.P.

25 Mai 1996 Communiqué de presse des cinq personnalités exclus du Parti mettant en cause la décision illégale et arbitraire du Président du Parti M.GOULED, avec les termes suivants : " Le Président règne par la force et la terreur, tout en bafouant la Constitution ".

Du 9 au 11 juin 1996 Première enquête de la gendarmerie des personnalités exclues du Parti, avant la levée de l'immunité parlementaire de trois députés dont M. Moumin Bahdon.

15 Juin 1996 Autorisation de la levée de l'immunité parlementaire par le Bureau de l'assemblée Nationale incompétent pour l'autorisation des poursuites et d'une manière illégale et anticonstitutionnelle de trois Députés avec le chef de file le Président du G.D.R. M. Moumin Bahdon pour une soi-disant offense au chef de l'Etat.
Importante manifestation pacifique de soutien et de solidarités aux trois députés du G.D.R. en face de l'Assemblée Nationale. Cette importante manifestation a été fortement réprimée par les forces de Police.
Communiqué de presse, par le Secrétaire du Bureau de l'Assemblé Nationale, mettant en cause et accusant " la manière d'une prise à la hâte et d'une manière arbitraire " tout en refusant le droit à la défense lors de la levée de l'immunité parlementaire des trois Députés.

18 Juin 1996 Création de la Coordination de l'Opposition Djiboutienne (C.O.D.) entre le G.D.R. et le P.N.D. et le F.U.O.D.

9 Juillet 1996 Enormes manifestations de soutien au cinq personnalités dans la rue de la capitale jusqu'au Palais de Justice contre la parodie de Justice du procès d'assassinat politique.

31 Juillet 1996 Décision du Conseil Constitutionnel condamnant la levée de l'immunité parlementaire. Le Conseil Constitutionnel constate l'inexistence d'une Résolution et déclare que la Décision du Bureau de l'Assemblée Nationale sur la levée de l'immunité parlementaire est anticonstitutionnelle

7 Août 1996 Condamnation illégale et anticonstitutionnelle de cinq personnalités politiques à 6 mois de prison ferme, mais surtout à cinq ans de privation des droits civiques pour un " soit - disant délit " : il s 'agit de :
- Monsieur le Député MOUMIN BAHDON, président du G.D.R.
- Monsieur le Député ALI MAHAMADE HOUMED
- Monsieur le Député AHMED BOULALEH
- Monsieur ISMAEL GUEDI HARED
- Monsieur ABDILLAHI GUIRREH RAYALEH

17 Novembre 1996 La Cour Suprême a tout simplement confirmé l'arrêt de la
Cour d'Appel sans tenir compte de l'inconstitutionnalité de cet arrêt.

6 Mai 1998 La gendarmerie se rend au domicile du Président M.MOUMIN et l'embarque sans ménagement et sans mandat d'arrêt, le retenant dans les locaux de 12h30 à 22h15 pour une confrontation avec une personne qui en fait résidait en Ethiopie


7 mai 1998 Le Président MOUMIN BAHDON comparaît devant un juge d'instruction pour une nouvelle affaire de financement du Frud sud avec pour témoin une personne de nationalité éthiopienne et qui a été ramenée d'Ethiopie pour la circonstance.


13 Mai 1998 Le Président MOUMIN se présente pour la deuxième fois devant la Cour d'Appel. La Cour après avoir constaté qu'elle n'avait pas été saisie de manière régulière, décide de renvoyer sine die, l'affaire des " deux défenses d'éléphants ". Il va s'en dire que la Cour a été certainement préoccupée des nullités de procédure ainsi que le vide totale de ce dossier.
Dans la nuit du 13 mai 1998, une balle est tirée à partir d'une voiture à 20h20 sur son domicile de M.MOUMIN BAHDON, d'après les témoins cette voiture est une Land - Cruiser blanche, toute neuve, ayant la forme d'une fourgonnette à trois portes et sans plaque 'immatriculation.
L'enquête a été remis à la Brigade Criminelle de la Police et encore classé sans suite.

17 Août 1998 Ordonnance de main levée du contrôle Judiciaire

3 Septembre 1998 M. MOUMIN BAHDON et M AHMED BOULALEH sont auditionnés par le Procureur de la République pour un soit disant " Coup d'Etat ".

5 Septembre 1998 Première audience de la Cour Correctionnel pour un soit disant " Coup d'Etat "

12 Septembre 1998 Deuxième audience de la Cour Correctionnel pour un soit disant " Coup d'Etat " MM. MOUMIN BAHDON et AHMED BOULALEH La Cour, les a condamné à un an de sursis et 1.000.000 FD
d'amende.


1 Octobre 1998 Passeport confisqué par la police de l'air et des frontières (PAF) après avoir enregistré ses bagages et en possession de sa carte d'accès à bord AIR
FRANCE et ceci sans aucune justification, d'une manière vulgaire et
humiliante.

19 janvier 2000 La Cour d'Appel, a tous relaxé après deux reports en 1999,
reconnaissant par là l'absence totale de toutes preuves matérielles car les faits reprochés sont inexistants et le soit disant " Coup d'Etat de la nuit du 15 au 16 Août 1998 " n'était qu'une pure invention du Chef du Gouvernement et de son équipe afin d'assurer et d'asseoir la succession présidentielle. Ce jugement à la Cour d'Appel est le premier dans les annales des procès politiques depuis notre indépendance.

15 avril 2000 La condamnation par contumace du Tribunal de 1er Instance à six mois
de prison avec sursis, alors que M. Moumin et cinq autres personnalités de sa famille n'étaient pas présent à l'audience pour une affaire concernant le FRUD SUD, dont l'appartenance avait été revendiquée par le Président du FRUD M. Dini.

17 avril 2000 M. Moumin Bahdon et les cinq autres personnalités de sa famille ont fait
opposition au jugement du tribunal de 1er instance qui les avaient
condamnés par contumace.

19 juin 2000 Convoqués par la Cour d'Appel, son Président a déclaré dès l'ouverture de
l'audience que la convocation était une erreur et qu'ils seraient convoqués ultérieurement

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