Note d'Information
n°5/LDDH/01 du 19 mars 2001
Rien
à attendre, rien à espérer
Les négociations pour la Paix et la Démocratie sont totalement
bloquées jusqu'à la preuve du contraire
Cette note est dédiée à tous ceux et à toutes
celles que les balles ont emporté le 20 mars 1967, les balles
du Pouvoir colonial. A tous les jeunes qui ont pris, avec courage, le
chemin de l'exil pour rejoindre le Front de libération de la
Côte Française des Somalis (FLCS), à tous les jeunes
qui ont, avec détermination et abnégation, combattu dans
la clandestinité au sein des réseaux de la résistance
intérieure au sein même de la capitale.
A tous ceux et à
toutes celles, qui sans relâche ont souffert, se sont battus pour
les libertés fondamentales, pour notre Indépendance, et
notre Souveraineté Nationale. A vous martyres, ton peuple te
connaît, ton peuple te sera un jour reconnaissant.
ACCORD CADRE
DE REFORME ET DE CONCORDE CIVILE
PREAMBULE
Le Gouvernement
de la République de Djibouti et le Front pour la Restauration
de l'Unité et de la Démocratie (FRUD) parties au présent
Accord Cadre ;
Considérant
que la reconnaissance de la dignité des membres de la Communauté
nationale djiboutienne et le caractère inaliénable de
leurs droits sont le fondement de leur liberté, de leur égalité
et de la paix en République de Djibouti.
Ayant à
l'esprit la prééminence de la légalité constitutionnelle,
dans le respect des droits de l'Homme et du pluralisme des opinions,
des convictions et des idées,
Convaincu qu'à
la suite d'une confrontation armée, ayant opposé des membres
de la Communauté nationale djiboutienne, il est indispensable
d'apporter des solutions globales et définitives permettant l'instauration
de la paix civile par le dialogue, la tolérance et le respect
de l'autre, unique voie pour maintenir la cohésion de la Nation
djiboutienne, dans une République de Djibouti Unie et stable,
où règnent la paix civile et la concorde, conditions primordiales
du développement humain, fondement de progrès économique
et social ;
Conscients de la
nécessité d'ouvrir une perpective nouvelle à la
Nation djiboutienne et donner un sens au sacrifice que le Peuple djiboutien
a consenti pendant vingt deux ans ;
Ayant à
l'esprit le programme du gouvernement soumis et adopté par le
peuple djiboutien le 9 avril 1999 par l'élection de Son Excellent
Monsieur Ismaël Omar Guelleh préconisant la mise en place
rapide des réformes dans le sens de plus de démocratie,
d'une gestion saine et transparente des affaires publiques, il faut
:
· Remédier
aux causes ayant généré le conflit civil
· Prévenir leur renouvellement, recommencement ou répétition
;
Reconnaissant que
la paix civile est l'aboutissement de ce processus, ciment de la fraternité
de tous les enfants de la République de Djibouti.
Sont convenus de
ce qui suit :
ARTICLE PREMIER
: DES REPARATIONS ET INDEMNISATIONS
La réhabilitation
des zones touchées par le conflit civil sera réalisée
afin de permettre aux populations civiles réfugiées, déplacées
ou affectées par ce conflit, de réintégrer leurs
lieux d'habitation, de profession, de production, dans les meilleurs
conditions ;
A cet effet, il
sera mis en uvre tous les moyens nécessaires pour réhabiliter,
restaurer ou justement indemniser les victimes civiles et militaires
dans la perte de leurs habitations, commerces, biens mobiliers et immobiliers,
de profession ou outils de production, et des plantations. Le bénéfice
des réparations doit uniformément couvrir toutes les victimes
du conflit dans les mêmes conditions.
ARTICLE DEUXIEME : DES REFORMES
· La réforme
consistera en une décentralisation véritable accordant
une large autonomie aux régions concernées. La loi en
préparation sur la décentralisation devra attendre de
faire l'objet d'une étude plus approfondie par le FRUD signataire
du présent Accord cadre avant d'être discutée dans
un proche avenir par le parlement.
ARTICLE TROISIEME
: DE LA DEMOCRATIE
Il n'y a pas de
République viable sans démocratie ni de démocratie
sans équilibre des pouvoirs, pluralité de l'opinion, liberté
d'en faire état, et droit d'agir pour les faire valoir.
· Les libertés
d'association, d'opinion, d'expression, de réunion, de presse
qui sont parties intégrantes des grands équilibres démocratiques
seront réaménagées par des dispositions légales
et rendront le multipartisme plus satisfaisant.
· Chaque
pouvoir, en République, ne peut qu'être strictement encadré
dans l'exercice de ses fonctions par des institutions démocratiques
républicaines. Celles-ci doivent à leur tour refléter
l'état d'un consensus national librement et démocratiquement
élaborés par une représentation équitable
et mise en uvre par des administrations au sein desquelles les
diverses communautés nationales sont représentées
d'une façon équilibrée.
ARTICLE QUATRIEME : DE LA GESTION DE LA CHOSE PUBLIQUE
Une Cour des comptes
sera immédiatement mise en place et commencera ses investigations
pour mettre fin à l'opacité de la gestion des deniers
publics.
ARTICLE CINQUIEME : DE LA PAIX CIVILE ET LA SECURITE
La paix et la justice sont aussi inséparables que le souffle
et la vie. Réaliser la paix civile c'est assurer la justice,
et en premier, la réparation des préjudices subis.
· Il s'agit
également de mettre en place des réformes des lois et
règlements garantissant les conditions de la cohésion
nationale et une gestion saine et claire du patrimoine national commun.
· Les militaires
dont la mission principale est d'assurer la sécurité du
territoire national contre toute menace extérieure, réintégreront
les positions qu'ils occupant avant le conflit civil. Leur présence
ne constituera aucune entrave ne gêne à la circulation
des biens et des personnes. Afin de rendre cette circulation sans risque
chacune des deux parties s'engage à procéder au déminage
des terrains et des voies qu'elle avait minés.
· Les deux
parties s'engagent à une suspension des hostilités.
· Les prisonniers
civils et militaires des deux parties détenus de part et d'autre
seront immédiatement libérés.
· En outre,
les membres du FRUD, responsables, cadres, militants, civils ou combattants
qui occupaient une fonction professionnelle avant le conflit seront
réintégrés dans leurs administrations, établissements,
services, ou entreprises. Les autres membres du FRUD seront intégrés
à des fonctions civiles ou militaires adéquates. Les modalités
de leur désarmement effectif seront réglées à
cette occasion. Ceux qui furent victimes de préjudices matériels
seront indemnisés. Toute accusation ou poursuite à leur
encontre du fait de la lutte armée sera abandonnée ou
effacée par une amnistie.
ARTICLE SIXIEME : DE L'APPLICATION DE L'ACCORD CADRE
Les deux parties signataires du présent Accord cadre conduiront
de concert l'application stricte et honnête de la totalité
de son contenu et de toutes autres mesures entreprises dans son cadre
ou en rapport avec ses objectifs.
ARTICLE SEPTIEME : DES DISPOSITIONS FINALES
Le présent " Accord cadre de réforme et de concorde
civile " est établi en deux exemplaires, en langue française,
signés par chacune des deux parties. Un exemplaire original sera
conservé par chacune d'elles. Il sera publié au Journal
Officiel de la République de Djibouti.
Fait à Paris,
le 7 Février 2000
Pour le FRUD-armé.................................................
Pour le Gouvernement
Le Président ...........................................................Le
Chef de Cabinet du
Ahmed Dini Ahmed .................................................Président
de la République
..............................................................................Ali
Guelleh Aboubaker
__________________________________________________________
Projet de Plate-forme de Paix, de l'Opposition Djiboutienne Unifiée
(ODU) du 18 février 2000
en particulier :
Enraciner la
démocratie et l'Etat de droit :
Il n'y a pas de
République viable sans démocratie ni démocratie
sans équilibre des pouvoirs, pluralisme des opinions, liberté
de les exprimer et droit de les faire valoir. Chaque pouvoir, en République,
doit s'organiser et fonctionner au travers d'institutions démocratiques
républicaines. Reflet d'un consensus national librement et démocratiquement
élaboré, ces institutions doivent garantir une juste représentation
de la communauté nationale, la paix civile, la concorde nationale
et le progrès économique et social.
Concrètement,
il s'agit de :
. respecter et promouvoir
les droits de l'homme et les libertés fondamentales telles que
la liberté d'association, de réunion, de conscience, de
pensée, d'expression, etc ;
· enraciner le débat démocratique par la reconnaissance
à l'opposition
légale d'un statut constitutionnellement garanti, qui lui permette
d'exercer ses droits et prérogatives dans la sérénité
intellectuelles et la sécurité matérielle ;
· restaurer les conditions d'élections libres, démocratiques
et
transparentes. En clair, créer une Commission Electorale Indépendante
chargée de l'ensemble du processus électoral, depuis la
refonte des listes électorales jusqu'à la proclamation
des résultats : refondre les listes électorales ; distribuer
les cartes électorales ; nommer les présidents et les
autres membres des bureaux de vote ; agréer les délégués
des candidats et des partis, ainsi que les éventuels observateurs
internationaux ; fixer le nombre et l'emplacement des bureaux de vote
; assurer la fourniture et la mise en place du matériel électoral
; veiller au bon déroulement des opérations de vote, effectuer
le décompte des résultats ; proclamer les résultats.
De même, il est urgent d'élaborer et adopter un code électoral
doit notamment permettre une représentation équitable
des différents secteurs de l'opinion. Modifier en particulier
le mode de scrutin pour les élections législatives et
locales par l'introduction d'une dose significative de proportionnelle,
en vue d'une meilleure représentation, l'armée et la police
;
· dépolitiser
l'administration, l'armée et la police ;
· garantir le légalisme dans la pratique du Pouvoir d'Etat
par le respect des lois et règlements de la République
;
· mettre en place la décentralisation pour permettre la
nécessaire participation de la population à la gestion
des affaires publiques. Ce chantier national majeur doit être
conduit à la fois pour sa conception et sa réalisation,
en étroite concertation avec les forces vives de la Nation. La
décentralisation accordera une large autonomie aux collectivités
locales.
· Encourager la vie associative et la société civile
;
· Promouvoir l'esprit d'entreprise et le secteur privé
;
· Promouvoir la liberté syndicale ;
· Encourager l'avènement d'une presse indépendante
et permettre un accès équitable aux médias publics
;
· Renforcer la séparation des pouvoirs d'Etats (exécutif,
législatif et judiciaire) et l'équilibre du pouvoir exécutif
trop concentré entre les mains du chef de l'Etat ;
· Réserver à la sphère publique les activités
de service publics ;
· Créer une cour des comptes pour combattre l'opacité
de la gestion des deniers publics ;
· Procéder à l'organisation d'un référendum
constitutionnel pour faire adopter les aménagements constitutionnels
nécessaires à la concorde nationale et au renouveau démocratique,
ainsi que des élections législatives et locales.
Situation actuelle sous l'angle des Droits Humains sur la bonne gouvernance
Les Droits de l'Homme
consistent et portent en priorité sur le principe du respect
de la personne humaine, du respect des droits et de la vie de la personne
humaine.
La personne humaine a des droits et des devoirs dans le cadre d'une
société donnée, des droits et des devoirs dans
le cadre d'un Etat donné, des droits et des devoirs dans le cadre
des Relations Internationales acceptées, ratifiées ou
parfois imposées.
C'est sous l'angle du cadre d'un Etat donné que ce " briefing
" sur la situation actuelle des Droits de l'Homme vous sera énumérés.
Une analyse approfondie pourrait être faite, mais nous ne sommes
pas actuellement en mesure de la faire, car elle nécessite une
recherche approfondie, une documentation importante et étoffée.
1) La gouvernance
La réglementation
sur la gouvernance est inexistante. Quelques textes ou plus exactement
des méthodes de gouvernances s'appliquent automatiquement, méthodes
datant d'avant l'indépendance et plus ou moins réajustées
d'une manière souvent inconsciente car non programmées
et naturellement improvisées.
Malgré le volume important des textes législatifs adoptés
depuis l'indépendance, en particulier depuis la souveraineté
nationale très peu de textes juridiques, pratiquement rien sur
la bonne gouvernance et la transparence ont vu le jour.
Les quelques textes sur la lutte contre la corruption ont été
classés pratiquement sans suite, soit en ne les publiant pas
après leurs adoption à l'Assemblée Nationale dans
le Journal Officiel, car le Président de la République
a décidé à la dernière minute, de ne pas
promulguer cette Loi pourtant adoptée par les Législateurs,
soit plus souvent de bloquer au niveau du Pouvoir Exécutif, toutes
formes d'application de ces Lois adoptées, promulguées
et diffusées dans le Journal Officiel.
Dès l'adoption par voie référendaire, du 4 septembre
1992, seul l'adoption de la Constitution a été promulguée
et publiée dans le Journal Officiel de la République de
Djibouti, tandis que la question référendaire sur la limitation
des partis politiques à quatre (4) n'a jamais été
publiée dans le Journal Officiel car le Président de la
République s'est abstenu de promulguer la décision populaire,
rendant ainsi caduque ce vote référendaire sur la limitation
des Partis à quatre (4). Nul n'est censé ignorer la Loi,
si elle est adoptée, promulguée, publiée et rendue
officielle dans le Journal Officiel.
Donc impossible de trouver des traces écrites officielles limitant
le nombre des Partis à 4.
Même la Loi n°1/AN/92/2eL relative aux Partis Politiques en
République de Djibouti, ne limite à aucun moment les partis
politiques à quatre, bien au contraire cette loi reflète
le multipartisme ca les termes de : " les partis et des partis
politiques " sont seulement employés. En effet les 2 premiers
articles stipulent :
Article 1 : Les
Partis politiques ont pour objet dans le respect de la Constitution
et des principes de souveraineté nationale et de démocratie,
de regrouper les citoyens Djiboutiens dans un but non lucratif, afin
de concourir à l'expression du suffrage universel par des moyens
démocratiques et pacifiques.
Les partis politiques sont obligatoirement constitués sous forme
d'associations de droit djiboutien, et soumis en outre aux dispositions
de la présente loi.
Article 2 :
La création, l'action et les activités des partis politiques
s'inscrivent dans le respect de la Constitution et des loi en vigueur
en République de Djibouti.
A ce titre, ils ne doivent pas porter atteinte à la sécurité
et à l'ordre, ainsi qu'aux droits et libertés individuels
et collectifs, ni utiliser leurs moyens pour mettre sur pied une organisation
militaire ou paramilitaire.
Les statuts des partis politiques doivent obligatoirement comporter
l'engagement formel de respecter ces principes.
Depuis bientôt
neuf ans, dans la pratique, le gouvernement à chaque élection
législative applique de la manière forte un texte juridique
inexistant, un texte juridique que le Premier Magistrat, le Chef de
l'Etat, le Chef de Gouvernement avait refusé de promulguer et
de le publier.
Autre exemple
: La Loi relative aux statuts des magistrats non seulement n'avait
pas été promulguée et publiée dans le Journal
Officiel mais elle a été reformulée par une nouvelle
loi faite sur mesure après les Etats généraux de
la Justice ; quel paradoxe !
La loi sur le Contrôle Général de l'Etat qui avait
été promulguée et publiée en 1989 n'a jamais
été réellement appliquée dans la pratique
et reste toujours une loi née morte.
La Cour des Comptes qui avait fait l'objet d'une loi anticonstitutionnelle
en 1997 a été appliquée après et en violation
de l'accord cadre du 7 février 2000.
Les violations de l'esprit et de la lettre de l'accord cadre entre le
FRUD et le Gouvernement sont dans la pratique très quotidiennes,
entre autre la décentralisation. Violations émanant de
la partie gouvernementale.
Pourquoi ? Alors que faire
Avant de s'avancer
à répondre au : que faire, il faut d'abord se demander
pourquoi tout progrès en République de Djibouti est actuellement
incertain pour ne pas dire stationnaire dans la dégradation.
La réponse objective à cette question fondamentale nécessite
avant tout, comme nous l'avons dit, nécessite une analyse approfondie,
une analyse froide sans partie pris, une analyse intellectuellement
honnête.
Mais cela, ne doit pas nous empêcher d'émettre nos sentiments,
sans passion, sans polémique, nos sentiments dans un esprit d'ouverture,
dans un esprit et une volonté à favoriser un débat
au sein de la jeunesse djiboutienne face à une situation dangereuse,
face à un avenir incertain.
Le pourquoi se résume, à notre avis par les points suivants
- Manque total de volonté politique à tout changement
réel.
- Habitude et préférence à une politique foncièrement
dictatoriale.
- Existence d'une force de blocage dominant tous les rouages de l'Administration
de l'Etat et des Institutions Républicaines très souvent
noyotés dans la corruption et les détournements des deniers
publics et des biens sociaux.
- Impuissance des forces de contre-pouvoir, des forces des partenaires
sociaux en particulier les syndicats, des forces vives de la société
civile.
- Soutien extérieur à un Etat de Non Droit
Que faire ?
La clé d'une
ouverture politique, de la concrétisation d'une paix globale,
juste et durable, la concrétisation d'une bonne gouvernance,
l'effectivité d'un Etat de Droit, l'accès à une
Justice totalement indépendante, l'aboutissement à des
élections libres et transparentes, la clé est essentiellement
entre les mains du Chef de l'Etat.
L'intégralité
de l'accord cadre du 7 février 2000 et le passage de la plate-
forme de Paix, de Concorde Nationale et de Redressement Economique et
Social sur " enraciner la démocratie moderne et l'Etat de
Droit " ci-dessus reproduit doivent servir de base pour une Réconciliation
Nationale nécessaire et urgente pour sortir notre pays du marasme
dans lequel il est plongé.
Sur les accords de paix, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains qui
reste en alerte sur le processus de paix a déjà publié
:
Communiqué de Presse du 7 février 2001
- Note d'Information du 7 novembre 2000
- Note d'Information du 7 mai 2000
La Ligue Djiboutienne des Droits
Humains (LDDH) demande au gouvernement de prendre les mesures nécessaires
pour la réalisation de la Réconciliation Nationale et
l'aboutissement dans la transparence des engagements et des accords
en vue et dans l'intérêt suprême de la Nation pour
la concrétisation de la Paix et de la Démocratie.
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