LIGUE
DJIBOUTIENNE
DES DROITS HUMAINS
L.D.D.H
Le Président NOEL ABDI Jean-Paul
SIEGE Q.V. BOULEVARD DE GAULLE
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NOTE
D'INFORMATION N°6/LDDH/2001
Du 15 avril 2001
Le
suivi judiciaire de la demande d'indemnisation
pour torture illégale et arbitraire,
déposée par M. Idriss Abdi Weirah.
La Chambre Civile
par jugement du 4 avril 2000 établi, rédigé tardivement
par le juge et remis à l'avocat Maître Martinet le 9 avril
2001(se déclare incompétente).
Les conclusions
de Maître Martinet, désigné au titre de l'assistance
judiciaire pour l'audience du 8 février 2000 ont mis en exergue
les points suivants :
Par assignation
en date du 21 septembre 1998, le concluant a assigné l'Etat de
Djibouti devant le Chambre Civile du Tribunal de Première Instance
aux fins d'entendre déclarer l'Etat de Djibouti entièrement
responsable de son inculpation arbitraire et abusive et des sévices
qu'il a subis durant sa garde à vue fin 1990- début 1991,
dans le cadre de l'affaire de l'attentat du Café de Paris pour
lequel il a obtenu , le 3 mai 1992, une ordonnance de non-lieu.
Il a demandé
avant dire droit une expertise médicale aux fins de faire constater
les séquelles dont il reste atteint.
Par ordonnance n°279/99
du 2 novembre 1999, le concluant a obtenu le bénéfice
de l'assistance judiciaire.
Le Tribunal devra
faire droit à ses demandes.
DISCUSSION
I) SUR LA COMPETENCE
DU TRIBUNAL CIVIL
Il résulte
d'une jurisprudence ancienne et constante qu'il y a voie de fait justifiant
la compétence des tribunaux judiciaires pour statuer à
l'encontre de l'Etat, d'une part lorsqu'une décision administrative
portant atteinte à la liberté ou à la propriété
privée est en elle-même et indépendamment des conditions
dans lesquelles elle est exécutée, manifestement insusceptible
d'être rattachée à l'exécution d'un texte
législatif ou réglementaire ou plus généralement
à un pouvoir appartenant à l'administration ; d'autre
part lorsque l'administration a passé dans des conditions irrégulières
à l'exécution d'une décision même régulière,
portant atteinte au droit de propriété ou à une
liberté fondamentale. (cf. Tribunal des Conflits 10 décembre
1956 Guyard Rec. 590 - Tribunal des Conflits 27 novembre 1952 Flavigny
Rec. 643 - Tribunal des Conflits 24 novembre 1954 Société
Trystram Rec. 716 CE 25 mars 1955 Société des Huiles Antar
Rec. 181 - Tribunal des Conflits 25 novembre 1963 époux Pele
Rec. 795 - Tribunal des Conflits 8 avril 1935 Action Française
Long Weil et Brabant Les Grands Arrêts de la jurisprudence administrative
- Sirey 1965 p. 226 conclusions Gazier - CE 18 novembre 1949 Carlier
Rec. 490 Tribunal des Conflits 10 décembre 1956 Randon Rec. 592
conclusions Guionin).
" Il appartient
à l'autorité judiciaire gardienne de la liberté
individuelle de statuer sur les conséquences de tous ordres des
atteintes arbitraires à cette liberté, celles-ci ayant
par elles-mêmes le caractère d'une voie de fait, sauf circonstances
exceptionnelles. "
(Dame de la Murette
Tribunal des Conflits 27 mars 1952 Rec. Lebon p.626)
La Constitution
de la République de Djibouti du 4 septembre 1992 réaffirme
ce même principe dans son article 74 :
" Nul ne peut
être arbitrairement détenu. Le pouvoir judiciaire, gardien
de la Liberté individuelle, assure le respect de ce principe
dans les conditions prévues par la loi ".
La détention
injustifiée et les mauvais traitements et sévices subis
par le concluant justifient la compétence de la juridiction judiciaire.
II) SUR L'EXPERTISE MEDICALE
Le concluant confirme
qu'il reste atteint de séquelles de mauvais traitements subis
lors de sa garde à vue fin 90, début 91 et il demande
au Tribunal de bien vouloir désigner un expert médical
qui aura pour mission d'entendre et d'examiner le concluant, de constater
les séquelles dont il reste atteint, d'évaluer la durée
de l'ITT, le taux d'IPP, le pretium doloris, le préjudice esthétique
et le préjudice d'agrément.
PAR CES MOTIFS
- Se déclarer
compétent pour statuer sur la responsabilité de l'Etat
de Djibouti pour voies de fait sur la personne de Monsieur IDRISS ABDI
WERAH ;
- Avant dire droit
(tous droits et moyens des parties réservées) désigner
tel
- expert médical il plaira au Tribunal de nommer lequel, serment
préalablement prêté, aura pour mission d'entendre
et d'examiner Monsieur IDRISS ABDI WERAH, de constater toutes séquelles
de mauvais traitements et sévices subis lors de sa garde à
vue en 1990-1991, d'évaluer la durée de l'ITT, le taux
d'IPP dont il reste atteint, le pretium doloris, le préjudice
esthétique et le préjudice d'agrément ;
- Dire que l'expert
devra déposer son rapport dans les trois mois de la consignation
au Greffe du Tribunal de Première Instance de Djibouti de la
provision sur honoraires d'expertise qui sera fixée par la décision
à intervenir ;
- Dire que l'expert
sera remplacé par simple ordonnance sur requête en cas
d'empêchement ;
- Ordonner l'exécution
provisoire sur minute et avant enregistrement vu
l'urgence ;
- Réserver
les dépens.
Il est à souligner le nombre important de renvoi de la Chambre
Civile du Tribunal de Djibouti. Voici les différentes dates des
audiences pour cette affaire.
Renvois des jugements pour tortures affaire " du café de
Paris ".
En Première
Instance
(le 27-9-98 ; le 20-10-98 ; le 27-10-98 ; le 1-12-98 ; le 26-1-98 ;
le 23-2-98 ; le 16-3-99 ; le 30-3-99 ; le 4-5-99 ; le 8-6-99 ; le 29-6-99
; le 26-10-99 ; le 16-11-99 ; le 23-11-99 ; le 21-12-99 ; le 8-2-2000
; le 22-2-2000 ; le 21-3-2000 ; le 4-4-2000)
En Appel
( le 12-6-2000 ;
le 23-10-2000 ; le 13-11-2000 ; le 11-12-2000 ; le 15-1-2001 ; le 19-2-2001
; le 16-4-2001).
Après 17 renvois en Première Instance sans avoir été
motivé, et sans argumentations justifiées le Tribunal
de 1ère Instance s'est déclaré incompétent
pour connaître l'affaire Idriss Abdi Weirah contre l'Etat de Djibouti
suite aux sévices corporels et moraux subis lors de son incarcération
arbitraire, abusive et illégale dans le cadre de l'affaire de
l'Attentat du Café de Paris.
Après 7
renvois en Appel, car le jugement du Tribunal n'avait pas été
rédigé et établi, M. Idriss Abdi Weirah est très
inquiet, surtout à la veille du 16 avril 2001 où la Chambre
d'Appel va encore siégé alors que son avocat Maître
Martinet n'a pas encore eu le temps de déposer ses conclusions.
La Ligue Djiboutienne
des Droits Humains (LDDH) accorde une attention particulière
aux décisions de la Justice dans cette affaire de la fausse piste
des Gadabourcis dans l'affaire de l'attentat et du Café de Paris,
en général, et de la suite judiciaire contre l'Etat de
Djibouti suite à la torture illégale et intolérable
à l'encontre de M. Idriss Abdi Weirah, en particulier.
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