LETTRE
OUVERTE
AU
PRESIDENT DE LA CHAMBRE DES COMPTES
DE
LA COUR SUPREME DU TRUBUNAL DE DJIBOUTI
DU
11 MAI 2002
Monsieur
le Président,
C’est
un honneur pour nous de suivre avec
un grand intérêt les différentes
Décisions de la Chambre des Comptes.
En
effet, l’une des actions pour freiner les détournements effrénés
des fonds publics est celle des Enquêtes à caractères judiciaires sur
la gestion publique, Enquêtes qui doivent être diligentées par votre
Juridiction.
En
cette période pré-électorale, permettez-nous, Monsieur le Président de vous
saisir en attirant votre aimable attention sur la situation financière désastreuse,
et sur la gestion de l’Assemblée Nationale, qui laisse franchement à désirer.
Il est
important que la gestion financière du Pouvoir Législatif, Pouvoir qui en
principe est chargé des enquêtes parlementaires, qui est chargé du contrôle
de la bonne gestion des deniers de l’Etat,
il est important que la gestion financière du Législateur soit
exemplaire ; ce qui actuellement ne semble pas être le cas.
Face
au manque total de transparence de la gestion et des finances de l’Assemblée
nationale, face au manque total de contrôle de la gestion et des finances du
Pouvoir législatif, face à l’incompréhensible secret qui entoure
l’exploitation financière ainsi que la gestion administrative suite à
l’Autonomie financière du deuxième pilier de l’Etat, face au prochain
renouvellement des membres de l’Assemblée nationale :
-
il est plus que souhaitable, avant la dernière session budgétaire de
cette législature, avant les vacances Judiciaires, avant novembre 2002,
-
il est plus que souhaitable, que votre Haute Juridiction fasse un état
des lieux sur le plan financier, que votre Haute Juridiction enquête sur la
gestion administrative et financière du Président et du Secrétaire Questeur
du Bureau de l’Assemblée Nationale, que votre Haute Juridiction prenne
les mesures adéquates qui s’imposent.
A
notre connaissance, et depuis que l’Assemblée Nationale jouit d’une complète
Autonomie financière, à part le Président et probablement
le Secrétaire Questeur, personne d’autre à notre
connaissance n’a le droit de connaître et aucune Instance, aucune
Commission Parlementaire n’a le droit d’approuver ou de désapprouver par
vote les dépenses effectuées ou réalisées, dont le montant global est,
chaque année, prévu par le
Budget prévisionnel de
l’Assemblée Nationale,
Les
comptes financiers des dépenses du
Gouvernement sont soumis et approuvés d’abord par les membres du Gouvernement avant d’être
inclus d’une manière globale
dans le Projet de Loi du Compte Définitif du Budget de l’Etat.
Quant
aux dépenses financières engagées par le Président
et/ou par le Questeur, elles ne
sont ni
approuvées, ni soumises à la vérification et aux votes des députés
ou tout au moins de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale.
Dépenses
financières des fonds de l’Etat, qui ne font
plus l’objet d’une Loi, d’une Résolution ayant force de Loi.
C’est
la porte grande ouverte à toutes les formes de gabegies ou détournements effrénés
des fonds publics, des impôts des citoyens djiboutiens et étrangers.
A
notre connaissance, seuls deux hommes politiques décident
l’engagement des dépenses, donnent des ordres aux fonctionnaires
comptables d’exécuter telles ou telles dépenses, de suspendre les indemnités
de tel parlementaire ou tel
fonctionnaire et de l’utiliser (par exemple) pour l’achat des nouvelles
moquettes, ou d’une nouvelle 4x4 (grosse cylindrée à la mode).
Seuls
deux hommes politiques gardent dans
le plus grand secret toutes les dépenses des deniers publics et des biens
sociaux, dépenses engagées par eux deux seulement, dépenses qui restent
sans contrôles et sans aucune Résolution adoptée par des
parlementaires.
Toutefois,
et afin de vous faciliter la tâche
il nous paraît urgent de se poser un certain nombre de questions, qui nécessitent
l’urgence à procéder à une enquête Judiciaire indépendante comme la vôtre, dans
l’unique but que celui d’avoir le cœur net, et dans les uniques soucis que
ceux de mettre fin aux rumeurs et aux impunités.
Questions
Est-ce
vrai :
-
Que depuis un certain temps l’autonomie financière de l’Assemblée
Nationale est bloquée par le Trésor ?
-
Que les chèques au nom de l’Assemblée Nationale et
signés par le Président sont
systématiquement rejetés par les Banques de la place sur ordre du Trésor
National ?
-
Que des chèques de l’ordre de 250 000FD à 400 000FD ont été émis en faveur de vendeuses de KHAT ?
Si ceci est vrai, quel scandale !
-
Il est très facile à la
Chambre des Comptes de vérifier auprès des Banques de la place tous les
chèques émis et signés soit par le ou les comptables, soit par le Président
de l’Assemblée Nationale Monsieur Said Ibrahim Badoul, ceci depuis que
l’autonomie financière est devenue effective.
-
A combien se chiffrent actuellement les découverts des comptes au nom de
l’Assemblée Nationale ou au nom de son Président ?
-
Pourquoi des retards dans le paiement des indemnités parlementaires qui
sont pourtant périodiquement versées
par le Trésor et la Banque Nationale ?
-
A quoi ont été utilisées les indemnités des cinq mois non
payés ?
-
Est-ce que les fonctionnaires de l’Assemblée Nationale ont aussi un
retard dans le paiement de leurs salaires de cinq à six mois ?
-
Est-ce vrai que les cotisations en suspens auprès de l’UNION
INERTPARLEMANTAIRE (UIP), D’ AFRIQUE CARAIBES
PACIFIQUE (ACP), etc. … depuis 1993, n’ont pas été régularisées ?
-
Est-ce vrai que depuis ces dernières années, depuis que les cotisations
ne sont pas honorées, les députés djiboutiens qui se rendent aux Conférences
de ces Organismes Internationaux ou Régionaux, que nos députés n’ont pas
droit à la parole encore moins aux votes ?
-
Alors c’est à se demander pourquoi se rendre à de telles Conférences,
pourquoi toutes ces dépenses, alors que l’on ne sert à rien ?
Alors que les participations de nos députés ne servent strictement à
rien, puisqu’ils n’ont rien à faire là-bas.
-
Alors pourquoi toutes ces dépenses inutiles ? Dépenses qui s’élèvent
en moyenne entre deux mille et trois mille dollars US par personne.
Monsieur
le Président,
Il
serait hautement appréciable, que subsidiairement à votre enquête financière,
qu’une étude soit faite, si possible, sur les différentes violations tant
sur le plan administratif, que sur le plan des procédures législatives.
Ayant
personnellement, une assez bonne connaissance par expérience du fonctionnement
de la Machine Administrative de l’Auguste Assemblée Nationale, ainsi
que de certains rouages des procédures législatives, je peux vous
affirmer mon entière disponibilité
à votre égard, pour vous apporte ma modeste contribution.
Permettez-moi,
Monsieur le Président de vous témoigner
mon entière solidarité à votre égard et à l’égard de tous les
membres de la Chambre des Comptes, dans votre noble combat
visant à
mettre fin à l’Impunité, aux Détournements des Fonds Publics, à la
Corruption en République de Djibouti.
La
sévérité et l’efficacité de vos Jugements seront sans aucun doute appréciées
par le Chef de l’Etat, par toutes
les personnes éprises de Justice, par l’ensemble des contribuables
djiboutiens.
La
sévérité et l’efficacité de vos Jugements mettront inéluctablement un sérieux
coup de frein aux irresponsabilités de bon nombre de nos Hauts Décideurs.
Avec mes sentiments déférents.
Pour
Information :
Le Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme
Mme
K. ABEBA Présidente de la Cour Suprême